Vœux d’Afrique

Temps de lecture :
Vœux d'AfriqueImage d'illustration -Afrique © iStock/Gallo Images
A A A A A

À chaque fin d’année, les vœux présidentiels se ressemblent. Même décor, même ton solennel, mêmes promesses de lendemains meilleurs. Mais en Afrique, l’exercice est rarement anodin. Derrière les mots choisis pour clore l’année, ce sont des stratégies de pouvoir qui se dessinent, et parfois se justifient.

En Afrique de l’Ouest, deux présidents ont clairement assumé leur ligne : la continuité avant tout. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, réélu pour un quatrième mandat, a remercié les électeurs et salué des scrutins qu’il qualifie de « transparents et crédibles ». Une formule attendue, presque rituelle. Elle laisse pourtant de côté une réalité incontournable : l’absence des principaux leaders de l’opposition, écartés de la compétition. À Yamoussoukro, à l’heure du réveillon, beaucoup d’Ivoiriens parlent moins de victoire électorale que de stabilité à préserver, conscients de la fragilité d’une cohésion sociale trop souvent invoquée après coup.

Même tonalité à Lomé. Faure Gnassingbé, vingt ans après son accession au pouvoir, a défendu sa révision constitutionnelle au nom de la stabilité de l’État. Dans sa bouche, la continuité devient une vertu républicaine. Mais à force de vouloir figer les institutions, c’est la question de l’alternance qui continue d’être éludée.

À Dakar, le contraste est saisissant. Le président Bassirou Diomaye Faye, arrivé au pouvoir porté par une forte attente de rupture, a dû répondre aux interpellations du mouvement Y’en a marre. Réduction des dépenses publiques, réforme de la justice annoncée pour 2026 : le discours se veut rassurant, mais le calendrier lointain interroge déjà une opinion impatiente.

Plus au nord, dans les pays du Sahel, la priorité est ailleurs. Au Mali comme au Burkina Faso, les chefs de l’État ont rendu hommage aux forces de défense et de sécurité. Les mots sont forts, les hommages appuyés. Ils traduisent une réalité brutale : ici, la légitimité politique se joue désormais sur le terrain militaire, dans un contexte d’insécurité toujours persistante.

En Afrique centrale enfin, les vœux prennent un parfum électoral. Au Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema célèbre la « légitimation » de son pouvoir par les urnes, deux ans après le coup d’État. Au Cameroun, Paul Biya, réélu pour un huitième mandat, remercie une population encore marquée par la violence postélectorale. Au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso appelle à une présidentielle apaisée en mars 2026, après quarante ans au sommet de l’État.

Partout, la stabilité est invoquée comme un rempart. Mais à force d’en faire un absolu, elle finit par ressembler à une peur : celle de voir le pouvoir changer de mains.

Recommandé pour vous

Mali : Bamako gracie un agent français de la DGSE

Le Mali a gracié un agent français condamné pour conspiration, dans un geste d'apaisement envers Paris, alors que Bamako fait face à une dégradation de la situation sécuritaire.

Zambie : Hichilema joue son bilan économique

Les Zambiens votent pour leur président, avec Hakainde Hichilema en quête d’un second mandat malgré les critiques sur le coût de la vie.

Ebola en RDC : pourquoi l’épidémie inquiète toujours ?

L’épidémie d’Ebola en RDC a franchi les 2.000 morts, avec plus de 4.300 cas confirmés, tandis que les autorités renforcent la surveillance et la riposte communautaire.

Au Maghreb, la fécondité en baisse redessine la démographie

Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie enregistrent une baisse historique de la natalité. Mariages plus tardifs, études plus longues et coût de la vie redessinent la démographie.

Inde-Afrique : New Delhi se tourne vers les producteurs africains d’engrais

Les perturbations autour du détroit d'Ormuz poussent l'Inde à revoir en profondeur ses circuits d'approvisionnement en engrais en se tournant vers le marché africain, dont le Maroc

Mali : 10 ans de prison requis contre Ras Bath à Bamako

Au Mali, le parquet a requis dix ans de prison ferme contre le chroniqueur Youssouf Bathily, alias Ras Bath, jugé à Bamako avec l'influenceuse Rokia Doumbia.
pub