Désertion
Photo prise dans un bureau de vote à Rabat lors des législatives du 23 septembre 2026 © Mohamed Koumiya / LeBrief Le Maroc a voté. Une partie de sa population et surtout de sa jeunesse, non. Le ministère marocain de l’Intérieur a sorti le chiffre définitif du scrutin législatif du 23 septembre : 38,08% de participation. Le deuxième plus bas depuis 1997, juste derrière le record de 2007 (37%). Douze points de moins que lors des élections générales de 2021, où on était à 50,18%.
Sur près de 16 millions d’inscrits, 10 sont restés chez eux.
Et ce chiffre national, déjà morose, cache quelque chose de plus dur. Les 18-24 ans ne pèsent plus que 4% du corps électoral. Alors qu’ils représentaient 8 à 9% lors des trois précédentes législatives. Sur une population où plus d’un tiers a moins de 25 ans. Pendant ce temps, les 60 ans et plus font 29% des inscrits. L’électorat marocain vieillit à vue d’œil. La jeunesse, elle, regarde ailleurs.
Ce n’est pas nouveau. En juin, une enquête auprès de 3.000 jeunes de 18 à 35 ans montrait déjà qu’un sur cinq refusait d’avance d’aller voter. Chômage des diplômés, promesses jamais tenues… La liste s’allonge d’un scrutin à l’autre. Aujourd’hui, 90,4% des Marocains estiment que leurs élus ne tiennent pas parole.
Bon. Et ailleurs en Afrique du Nord ?
Pire. Souvent bien pire.
En Tunisie, les législatives de décembre 2022 : 11,4% de participation. Un record mondial à l’envers. Chez les 18-25 ans, seuls 4% des inscrits se sont déplacés. Même chiffre qu’au Maroc, en version aggravée : à Rabat, 4% des jeunes sont inscrits, à Tunis, 4% des jeunes inscrits votent. L’Algérie n’est pas mieux lotie. Les dernières législatives ont plafonné, selon les chiffres officiels contestés, à 20,79% de participation.
L’Égypte, elle, joue une autre partition. Les législatives de 2025 ont vu la participation de 17,1%, du corps électoral. Mais en plus de la désaffection des électeurs, Le Caire oriente le vote. Résultats annulés dans 49 circonscriptions sur 70 pour fraude et achat de voix, jours de congé accordés aux fonctionnaires pour doper l’affluence, chambre verrouillée d’avance pour le camp présidentiel. Plus de la moitié des Égyptiens ont moins de 25 ans. Beaucoup répètent, depuis 2015 déjà, la même phrase : à quoi bon.
Dans ce tableau, le Maroc fait presque figure de bon élève.
C’est bien le problème. Un scrutin où 38% seulement se déplacent, et où 96% de ceux qui votent ont plus de 25 ans, ne renouvelle rien. Il reconduit. La révision exceptionnelle des listes électorales, lancée en mai pour mobiliser les jeunes, devait corriger le tir. Elle a surtout confirmé le diagnostic. Les jeunes ne boudent pas les urnes par paresse. Ils les boudent parce qu’ils n’y croient plus. Quant à la Libye, les années de troubles n’ont permis l’organisation d’aucun scrutin.
A Rabat comme à Tunis. Comme à Alger. Comme au Caire. Quatre pays, quatre façons de gérer la même défiance.