Soudan : une frappe de drone sur des civils ravive les soupçons d’une implication éthiopienne

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RSF Darfour Soudan
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Au moins 32 civils, dont plusieurs enfants, ont été tués mercredi dans une frappe de drone ayant touché une habitation où se déroulait un mariage dans l’État du Darfour-Nord, au Soudan, selon des sources locales. L’attaque a visé le quartier d’Al-Salama, dans une zone contrôlée par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

D’après le comité de résistance d’El-Facher, un collectif qui documente les exactions depuis le début du conflit, le bombardement serait imputable à l’armée soudanaise. Une source médicale a également fait état d’au moins 16 blessés, parmi lesquels des enfants. De leur côté, les FSR ont condamné l’attaque dans un communiqué, avançant un bilan plus lourd, d’au moins 56 morts, dont 17 enfants.

Cette frappe intervient dans un contexte d’intensification des violences entre l’armée régulière et les FSR, en guerre depuis avril 2023. L’usage croissant des drones aggrave le bilan humain dans plusieurs régions du pays. La semaine précédente, les Nations unies avaient déjà recensé plus de 500 civils tués entre janvier et la mi-mars, alertant sur l’impact dévastateur de ces attaques.

Dans le sud du pays, une autre frappe attribuée aux FSR avait récemment visé un hôpital de l’État du Nil-Blanc, touchant notamment une salle d’opération et une maternité. Selon Médecins Sans Frontières (MSF), cette attaque avait fait au moins dix morts.

Depuis le début de la guerre, le conflit a causé des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 11 millions de personnes, plongeant le Soudan dans ce que l’ONU décrit comme la pire crise humanitaire au monde. Plusieurs régions sont désormais confrontées à la famine, tandis que les deux camps sont accusés de graves exactions, dont des massacres et des violences sexuelles.

Lire aussi : Soudan : pressions internationales pour reconnaître les responsables de la famine et des violences sexuelles

Soupçons d’un appui éthiopien aux paramilitaires

Parallèlement, un rapport récent ravive les soupçons autour d’un possible soutien logistique venu d’Éthiopie aux FSR. Le Humanitarian Research Lab (HRL) de l’université Yale affirme avoir identifié, à partir d’images satellitaires et de données publiques, des activités compatibles avec une aide militaire sur la base d’Asosa, dans la région éthiopienne de Benishangul-Gumuz, entre fin décembre 2025 et fin mars 2026.

Le mois dernier, les autorités militaires soudanaises avaient accusé les FSR d’avoir lancé des frappes de drones depuis le territoire éthiopien, une première mise en cause publique d’Addis-Abeba. Le gouvernement éthiopien a rejeté ces accusations, niant toute implication.

Selon les chercheurs de Yale, plusieurs indices visuels recueillis sur cinq mois suggèrent que certaines offensives des FSR contre l’État du Nil Bleu, au sud-est du Soudan, auraient été lancées depuis l’Éthiopie. Le rapport évoque notamment des arrivées répétées de véhicules de type pick-up, souvent appelés « technicals », ainsi que l’aménagement de structures logistiques sur la base d’Asosa.

Ces véhicules, qui ne correspondraient pas à l’équipement habituel de l’armée éthiopienne, auraient servi à ravitailler des unités des FSR actives dans la région. Le rapport affirme aussi que certains auraient été modifiés pour accueillir des armes lourdes. Des engins similaires auraient ensuite été repérés dans des images diffusées en ligne montrant les combats autour d’Al-Kurmuk, ville stratégique proche de la frontière soudano-éthiopienne.

La zone connaît une nouvelle recrudescence des affrontements, ayant provoqué le déplacement d’environ 28.000 personnes depuis le début de l’année, dont plus de 10.000 pour la seule ville d’Al-Kurmuk. Le rapport souligne également une montée en puissance des activités logistiques sur la base d’Asosa, avec l’installation de conteneurs, de réservoirs de carburant et de structures d’hébergement, ainsi qu’un agrandissement de l’aéroport local.

Le conflit soudanais, désormais régionalisé par ses ramifications transfrontalières, continue ainsi d’alimenter une crise militaire et humanitaire d’une ampleur exceptionnelle, sans perspective claire d’apaisement.

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