Secteur public : les nouveaux leviers de la gouvernance africaine

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Secteur public : les nouveaux leviers de la gouvernance africainePhoto illustration © DR
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Dans un contexte de contraintes budgétaires, de chocs climatiques récurrents et d’une pression croissante pour accélérer la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD), l’Afrique occupe une place centrale dans le World Public Sector Report 2025, publié par le Département des affaires économiques et sociales des Nations unies (UNDESA).

Le rapport dresse un état des lieux détaillé du rôle croissant des institutions publiques africaines, en particulier des Institutions supérieures de contrôle (ISC), dans le renforcement de la gouvernance, de la transparence et de la redevabilité publique. Selon l’ONU, les Institutions supérieures de contrôle jouent désormais un rôle stratégique dans l’accompagnement des politiques publiques liées aux ODD. En Afrique, cette dynamique est portée notamment par l’Organisation africaine des Institutions supérieures de contrôle (AFROSAI), qui coordonne et soutient les efforts d’audit dans de nombreux pays du continent.

Le rapport souligne que les ISC africaines ne se limitent plus au contrôle classique de la régularité des dépenses publiques. Elles produisent des analyses approfondies sur l’efficacité des politiques publiques, leur cohérence avec les priorités nationales et leur alignement sur l’Agenda 2030. Cette évolution, appuyée par l’ONU et l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle (INTOSAI), renforce leur rôle dans l’architecture institutionnelle africaine.

Suivi des ODD : progrès notables mais défis persistants

L’un des axes majeurs du rapport concerne la capacité des États africains à assurer un suivi fiable de la mise en œuvre des ODD. Plusieurs audits menés en Afrique ont mis en évidence des avancées concrètes, notamment en matière de systèmes de données et de coordination institutionnelle.

Le Ghana est cité comme un exemple emblématique. Son Institution supérieure de contrôle a contribué à la mise en place d’une feuille de route nationale des données, à des partenariats avec d’autres pays africains, dont l’Afrique du Sud, et au lancement de plateformes numériques de suivi des indicateurs de développement durable. Ces initiatives visent à améliorer la qualité, la disponibilité et la désagrégation des données, un enjeu clé pour évaluer l’impact réel des politiques publiques.

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Toutefois, le rapport de l’ONU met également en lumière des difficultés structurelles persistantes sur le continent. Dans plusieurs pays africains, les audits relèvent des retards dans la définition d’indicateurs nationaux alignés sur les ODD, un manque de ressources humaines et financières, ainsi qu’une insuffisance de données statistiques actualisées.

Données publiques : le talon d’Achille de l’Afrique

La question des données est centrale dans l’analyse onusienne. L’UNDESA souligne que, malgré des progrès notables, la faiblesse des systèmes statistiques demeure un obstacle majeur à une gouvernance efficace en Afrique. Les audits signalent des problèmes récurrents de fragmentation des données, de coordination limitée entre administrations nationales et locales, et de faible capacité de production statistique dans certaines régions.

Des pays comme le Cap-Vert sont cités pour illustrer les difficultés rencontrées par les collectivités territoriales, souvent dépourvues de moyens suffisants pour produire des rapports de suivi fiables. L’ONU estime que sans un renforcement massif des offices nationaux de statistique, les efforts africains en matière de suivi des ODD resteront partiels.

Genre et inclusion : l’Afrique mise en avant

Le rapport 2025 consacre un chapitre important à l’équité, à l’égalité et à l’inclusion. Dans ce domaine, l’Afrique est mise en avant à travers plusieurs initiatives structurantes. L’ONU cite notamment l’Académie de leadership féminin d’AFROSAI, un programme régional visant à promouvoir l’accès des femmes aux postes de décision au sein des institutions d’audit.

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large d’intégration de l’égalité de genre dans les audits publics. Selon l’ONU, plusieurs institutions africaines intègrent désormais des critères liés au genre, à l’inclusion sociale et au principe de « ne laisser personne de côté » dans leurs évaluations des politiques publiques.

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Coopération régionale et appui des Nations unies

Le World Public Sector Report 2025 insiste sur le rôle déterminant de la coopération régionale et de l’appui international. En Afrique, l’UNDESA, l’INTOSAI et l’Initiative de développement de l’INTOSAI (IDI) accompagnent les ISC à travers des formations, des outils méthodologiques et des plateformes de partage d’expériences.

Ces mécanismes ont permis une montée en compétence progressive des institutions africaines, notamment dans les audits liés au climat, à la gouvernance numérique et aux politiques sociales. L’ONU considère que ces avancées positionnent l’Afrique comme un terrain d’expérimentation important pour de nouvelles approches de gouvernance publique adaptées aux pays en développement.

Une contribution décisive à l’Agenda 2030

Pour l’ONU, le renforcement des institutions publiques africaines est indispensable à l’atteinte des ODD d’ici 2030. Le rapport souligne que les audits menés sur le continent ont déjà contribué à des ajustements de politiques publiques, à l’amélioration des mécanismes de transparence et à une meilleure allocation des ressources publiques.

Dans son message introductif, le Sous-Secrétaire général des Nations unies aux affaires économiques et sociales, Li Junhua, rappelle que les informations produites par les institutions de contrôle constituent un levier essentiel pour combler les écarts de mise en œuvre des ODD, en Afrique comme ailleurs.

Au-delà de l’échéance de 2030, l’ONU estime que les enseignements tirés des expériences africaines resteront pertinents. Le World Public Sector Report 2025 conclut que les progrès réalisés en matière de gouvernance, d’audit public et d’inclusion positionnent l’Afrique comme un acteur clé des réflexions mondiales sur la réforme du secteur public.

Si les défis restent nombreux, le message de l’ONU est clair : en renforçant ses institutions, en améliorant ses systèmes de données et en poursuivant les réformes de gouvernance, l’Afrique dispose des leviers nécessaires pour transformer durablement l’action publique et accélérer son développement.

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