Projet Vault : les États-Unis misent sur l’Afrique pour protéger ses minerais critiques

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Projet Vault : les États-Unis misent sur l’Afrique pour protéger ses minerais critiquesMine © DR
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Face à la domination chinoise sur les minerais critiques, les États-Unis accélèrent la mise en place de stratégies pour sécuriser leurs approvisionnements. Le projet Vault, destiné à constituer un stock stratégique, pourrait redessiner les équilibres des chaînes de valeur mondiales, avec des implications directes pour l’Afrique, devenue un maillon décisif de cette recomposition.

Face à la mainmise de la Chine sur les chaînes mondiales d’approvisionnement en minerais critiques, les États-Unis multiplient les initiatives pour sécuriser leurs besoins stratégiques. Du lancement de nouveaux dispositifs à la conclusion d’accords bilatéraux, cette stratégie s’inscrit dans un contexte de rivalités géoéconomiques accrues, où l’Afrique occupe une place de plus en plus centrale.

La mise en place annoncée d’un stock stratégique américain de minerais critiques, baptisé « Projet Vault », illustre cette volonté de réduire la dépendance vis-à-vis de Pékin et pourrait avoir des répercussions directes sur les dynamiques du secteur minier africain.

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Un stock stratégique pour amortir les chocs

Rapporté par la presse internationale le lundi 2 février, le Projet Vault prévoit la constitution d’un stock stratégique de terres rares et d’autres matières premières essentielles, pour un coût estimé à 12 milliards de dollars. L’objectif est de protéger l’économie américaine contre d’éventuelles ruptures d’approvisionnement, dans un contexte de tensions commerciales persistantes avec la Chine. Washington cherche ainsi à se prémunir contre des restrictions similaires à celles déjà brandies par Pékin sur certaines exportations de terres rares.

Selon les informations disponibles, ce stock représenterait l’équivalent d’environ 60 jours de consommation, un seuil jugé suffisant pour absorber des chocs temporaires sur les marchés internationaux. Le financement du projet reposerait sur une combinaison de capitaux privés et d’un prêt pouvant atteindre 10 milliards de dollars accordé par la Banque d’import-export des États-Unis (US Exim Bank).

Sécuriser les besoins industriels américains

Le Projet Vault vise en priorité les secteurs jugés stratégiques pour l’économie américaine, notamment l’industrie automobile et les entreprises technologiques, fortement dépendantes des minerais critiques pour la production de batteries, de composants électroniques et d’équipements de pointe. En constituant des réserves physiques, les autorités américaines entendent garantir la continuité des chaînes de production nationales en cas de perturbations externes.

Plusieurs sociétés de négoce devraient être associées à cette initiative, dont le groupe suisse Mercuria Energy, déjà bien implanté dans les filières de minerais critiques en Afrique. Des informations évoquent également une possible implication de Robert Friedland, fondateur d’Ivanhoe Mines, à la suite d’échanges autour du programme avec le président Donald Trump. À ce stade, les contours opérationnels du projet demeurent toutefois imprécis, notamment en ce qui concerne les marchés ciblés et la part que pourrait représenter l’offre d’origine américaine dans la constitution du stock.

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Une efficacité encore incertaine

Si l’ampleur du Projet Vault témoigne des ambitions américaines, son efficacité réelle face à des perturbations prolongées reste sujette à débat. Un stock couvrant deux mois de consommation peut offrir un répit en cas de choc ponctuel, mais il pourrait se révéler insuffisant face à des restrictions durables ou à une reconfiguration profonde des échanges mondiaux. Cette limite n’enlève toutefois rien à la portée stratégique de l’initiative, qui s’inscrit dans une logique plus large de réduction des vulnérabilités structurelles.

L’Afrique au cœur des recompositions

Les implications du Projet Vault pour les chaînes de valeur mondiales des minerais critiques seront particulièrement scrutées en Afrique. Le continent, devenu un terrain privilégié de la rivalité sino-américaine, pourrait voir cette initiative s’ajouter aux stratégies américaines de diversification des approvisionnements hors de Chine. L’implication d’acteurs comme Robert Friedland, dont les activités s’étendent en République démocratique du Congo et en Afrique du Sud, illustre l’ancrage déjà existant de cette stratégie sur le continent.

Mercuria, de son côté, a récemment renforcé sa présence africaine, notamment à travers la création d’une coentreprise de négoce avec la société publique congolaise Gécamines, orientée prioritairement vers le marché américain. Le groupe a également consolidé ses positions avec un accord d’approvisionnement en cuivre conclu en novembre 2025 sur les actifs congolais d’Eurasian Resources Group.

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Entre opportunités et exigences locales

Le Projet Vault s’inscrit ainsi dans une trajectoire où l’Afrique apparaît moins comme un nouvel espace à investir que comme un maillon déjà intégré aux stratégies américaines de sécurisation des minerais critiques. Cette dynamique se heurte toutefois à des agendas africains de plus en plus affirmés, centrés sur la transformation locale, la création de valeur et la montée en gamme des chaînes de production.

Dans ce contexte, le dispositif américain pourrait à la fois renforcer la visibilité de certains projets miniers et offrir des débouchés commerciaux plus sécurisés, tout en devant composer avec des exigences locales accrues. Une équation complexe, à l’image des recompositions en cours dans l’économie mondiale des minerais critiques.

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