Pendant qu’on commente

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Pendant qu'on commente(de gauche à droite, haut en bas) : Burkina Faso President Capt. Ibrahim Traoré © 2025 Stanislav Krasilnikov/RIA Novosti via AP; Iyad Ag Ghaly, JNIM supreme leader. © 2012 ROMARIC OLLO HIEN/AFP/Getty Images; JNIM fighters in Barsalogho, Sanmatenga province, Burkina Faso, August 24, 2024. © Private; Burkinabè military forces in Baraboulé, Sahel region, Burkina Faso, during Operation "Tchefari 2," December 2023. © 2024 RTB
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HRW a sorti 316 pages sur le Burkina Faso. Le contenu du document est déconcertant : crimes de guerre, crimes contre l’humanité, nettoyage ethnique des Peuls, Traoré nommément cité avec six commandants, 1.800 civils morts, documentés sur 18 mois à partir de 450 témoignages. Le rapport s’appelle « None Can Run Away ».

La question qui circule n’est pas pourquoi des armées massacrent des civils peuls dans le Yatenga. La question, c’est qui finance HRW et pourquoi maintenant. Djibo décembre 2023, plus de 400 morts en une opération. Barsalogho août 2024, 133 civils, dont des enfants. Tout ça s’est passé. Tout ça se savait. Ce qui change aujourd’hui, c’est que ça circule à Bruxelles et à Washington et ça, visiblement, c’est le problème.

Traoré a construit un récit : souveraineté, dignité, rupture avec les tutelles postcoloniales. Ce récit répond à quelque chose de réel dans l’histoire du continent. Il témoigne de la lassitude des peuples sahéliens face à 40 ans de présence militaire étrangère qui n’a rien réglé, des humiliations accumulées, des accords signés dans le dos des populations. Tout ça est réel, et ça mérite d’être dit sans guillemets.

Sauf qu’un récit de libération nationale qui coexiste avec des fosses communes dans le nord du pays, ça s’appelle autrement.

Et dénoncer la mécanique occidentale d’instrumentalisation ne fait pas disparaître les 2,3 millions de déplacés. Les VDP qui exécutent des Peuls parce qu’ils sont peuls, pas parce qu’ils ont fait quoi que ce soit, les frappes aériennes sur des villages situés en zone GSIM… Le rapport documente 57 incidents dans 11 régions. Ce ne sont pas des allégations. Ce sont des noms, des dates, des coordonnées GPS.

Ce qui tue, au fond, c’est l’absence africaine. Pas une institution du continent capable de produire ce travail, de nommer ces crimes, de mettre ces commandants face à leurs actes. L’UA regarde ailleurs depuis si longtemps qu’on a arrêté de lui demander de regarder. La CEDEAO est hors-jeu depuis que les juntes ont claqué la porte. La CPI, Ouagadougou l’a quittée en septembre. Ce vide, on l’a creusé nous-mêmes.

L’Occident va instrumentaliser ce rapport. Il le fait déjà. Les sanctions vont être discutées dans des capitales qui ont armé d’autres armées dans d’autres guerres sans jamais rendre compte de rien.

L’hypocrisie est totale et personne n’en est gêné. Mais pendant qu’on la dénonce, 2,3 millions de personnes dorment ailleurs que chez elles. Alors l’Occident parle. Et nous, on commente les sources.

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