Le prix de la photo
Vladimir Poutine entouré de dirigeants africains lors du premier sommet Russie-Afrique, organisé à Sotchi en octobre 2019. Sept ans plus tard, Moscou entend faire de la mobilisation africaine un signe de son influence diplomatique sur le continent © Wikimedia Commons Moscou accueille l’Afrique les 28 et 29 octobre. Plus de 20 chefs d’Etat sont attendus. Vladimir Poutine aura sa photo de famille.
Reprenons les chiffres, ils sont têtus. A Sotchi, en 2019, 43 dirigeants avaient fait le voyage. A Saint-Pétersbourg, en 2023, ils étaient nettement moins nombreux. Et le sommet s’ouvrait sur l’abandon par Moscou de l’accord céréalier de la mer Noire, un dossier qui touchait le continent au ventre. Mi-juin, une délégation de chefs d’Etat africains était pourtant allée plaider la paix à Moscou, puis à Kiev. Sans grands résultats. Retenez ce détail : quand l’Afrique propose, on l’écoute poliment. Puis on fait autre chose.
Mais personne n’est naïf à Niamey, ni à Lomé.
Abdourahamane Tiani reçoit le ministre russe de l’Energie et réclame une coopération plus rapide avant le sommet. Lomé et Moscou élargissent leur travail aux mines et à l’énergie. A Libreville, on a réuni les ministères pour caler une position sur la sécurité, l’agriculture et le numérique. C’est le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, qui conduira la délégation. Des dossiers, pas des slogans.
Personne ne conteste à l’Afrique le droit de parler à Moscou. Elle parle déjà à Pékin, à Ankara, aux Emirats. Ceux qui s’en offusquent à Paris ou à Washington ont un passé africain qui n’invite pas à la leçon. Moscou, de son côté, annonce du commerce et de l’investissement. Son ambassadeur à Abidjan l’a redit en août. Soit. On verra les contrats.
Le vrai problème est ailleurs. Un sommet, c’est un guichet. Le guichetier fixe la date et l’ordre du jour. Poutine a signé le décret désignant Moscou le 25 mars et a mandaté son comité d’organisation. Les Africains ont reçu un carton. Les capitales se présentent avec leurs dossiers, une par une. Un continent qui avance en ordre dispersé négocie rarement à son avantage.
Moscou n’a rien laissé au hasard. Conférence ministérielle au Caire en décembre, pour remobiliser les partenaires, selon les comptes rendus. Plus de 30 pays africains déjà confirmés dès juillet, d’après le ministère russe des Affaires étrangères. On ne bat pas le rappel de cette façon quand la salle est acquise d’avance.
Poutine sait ce qu’il cherche : la fin de l’isolement, avec 20 chefs d’Etat comme preuve. Le Forum économique et humanitaire, tenu en marge, sera le lieu des contrats et des protocoles d’accord. Les protocoles, on les signe en octobre. On en reparle beaucoup moins en mars.
Le Sahel pèse dans la salle. Les coups d’Etat au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont accéléré la dynamique russe, relèvent les analyses publiées avant le sommet. Moscou y gagne un ancrage dans une région clé. Pour les capitales sahéliennes, l’intérêt est clair : un interlocuteur de poids quand les relations avec l’Occident se sont durcies.
Bref. Aller à Moscou n’a rien d’illégitime. Reste à savoir avec quelle liste de demandes chiffrées.
On lit les communiqués préparatoires. Le mot « partenariat » revient partout. Il ne coûte rien. Un partenaire accepte de perdre quelque chose. Qui perd quoi à Moscou le 29 octobre ? Demandez à n’importe quel délégué. Attendez la réponse.
Le sommet de Moscou s’inscrit dans le prolongement de 2023, dont la déclaration fixait déjà les grandes orientations d’un partenariat de long terme. Avant de signer de nouveaux textes, un bilan public de 2023 serait la moindre des choses.
Les rédactions africaines devront lire les textes publiés le 29 au soir, un crayon à la main. Montants et calendriers. Une déclaration finale engage peu. Six mois plus tard, il faudra aller voir ce qui a vraiment été livré.