L’argent des promesses
Il a suffi d’un an pour que les engagements solennels des chefs d’Etat de la CEMAC se dissolvent. Le FMI n’est pas connu pour ses emportements. Quand ses services parlent de « dépenses publiques obstinément élevées » et de « dérapages budgétaires aggravés », c’est que l’heure est grave.
La scène s’était pourtant jouée dans les formes. Les dirigeants des six pays de la zone (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Centrafrique, Tchad) avaient pris place devant les représentants de l’institution de Bretton Woods. Ils avaient hoché la tête aux bons moments et signé ce qu’il fallait signer.
La sobriété budgétaire, la rigueur, l’assainissement des finances publiques, tout cela correspondait au vocabulaire de la discipline. Puis ils étaient rentrés chez eux. Ce qui s’est passé ensuite, on le devine sans peine. Les dépenses courantes reprennent leur cours, les factures politiques se règlent et les enveloppes circulent. Les réformes structurelles, elles, attendront.
Il y a quelque chose de presque mécanique dans cette séquence, une très mauvaise habitude. La CEMAC tient debout grâce au franc CFA et à la solidarité forcée de ses membres, non par vertu gestionnaire. Le FMI le sait. Les gouvernements concernés le savent aussi…
La note confidentielle révélée par Africa Intelligence ne surprend personne à Yaoundé, Libreville ou N’Djamena. Elle agace, c’est tout. Ce qui devrait inquiéter davantage, c’est le timing. La zone traverse une période de vulnérabilité réelle. Cours des matières premières incertains, dette qui enfle, réserves de change sous pression… Ce n’est pas le moment de dépenser comme si la fête n’allait jamais s’arrêter.
Sauf que pour certains budgets nationaux, la fête, c’est la survie politique. On ne réduit pas les dépenses publiques quand on a besoin de garder ses alliés satisfaits, ses militaires payés, ses contestataires silencieux. La rigueur budgétaire est un luxe de temps calme. Or le temps n’est pas calme.
Le FMI peut sonner l’alarme autant qu’il veut. L’alarme, dans cette région, sert surtout à dater les crises après coup. On dira que les signaux étaient là dès avril 2026. Ils y étaient. Ils y sont. Personne ne prétend le contraire.
Ce qui manque, ce n’est pas l’information. C’est la volonté politique de se faire du mal à court terme pour éviter le désastre à moyen terme. Ce calcul-là, les dirigeants de la CEMAC ne sont pas les seuls à l’esquiver. Mais ils y excellent.
Le Fonds a parlé. Le procès-verbal est consigné. Et pendant ce temps, les six Etats membres de la CEMAC prévoient de lever près de sept milliards de dollars sur les marchés régionaux en 2026. Pour financer quoi, exactement, personne ne le dit vraiment.