Coup d’État au Niger : l’évacuation des ressortissants étrangers se poursuit

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Coup d’État au Niger : l’évacuation des ressortissants étrangers se poursuitUne manifestation antifrançaise. © Issifou Djibou / EPA
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Une semaine après le coup d’État au Niger contre le président Mohamed Bazoum, la France a décidé d’évacuer ses ressortissants. Une opération que Paris a voulu la plus rapide possible.

Le troisième avion du rapatriement organisé par les autorités françaises est parti de Niamey et se dirige vers Paris. Les deux premiers avions ont évacué 513 personnes. Outre une grande majorité de Français ont également atterri des Nigériens, des Portugais, des Belges, des Ethiopiens et des Libanais, a précisé le Quai d’Orsay à la presse présente à Roissy.

Lire aussi : Au Niger, un «mouvement d’humeur» de la garde présidentielle

Le souhait des autorités est de clore l’opération à la mi-journée mercredi. Quatre avions de rapatriement ont pour l’instant été prévus.

Paris avait justifié cette décision par les «violences qui ont eu lieu contre [son] ambassade» dimanche, lors d’une manifestation hostile à la France, et par «la fermeture de l’espace aérien, qui laisse [ses] compatriotes sans possibilité de quitter le pays par leurs propres moyens».

La crainte de nouvelles manifestations antifrançaises est forte depuis que le mouvement M62 a appelé à un rassemblement «pacifique, chaque jour», près de l’aéroport, «jusqu’au départ définitif des forces étrangères» présentes dans le pays. Cette organisation de la société civile était à l’origine de la manifestation proputschiste, dimanche, au cours de laquelle l’enceinte de l’ambassade de France a été dégradée.

Écouter aussi : Niger, pourquoi cette hostilité contre la France ?

De plus, selon l’agence Ansa, 36 Italiens et 21 Américains résidant au Niger sont arrivés à Rome ce mercredi matin, évacués par l’Italie pour raisons de sécurité. «Retour en sécurité de 99 passagers, italiens et étrangers, qui ont quitté le Niger», s’est félicité le ministre italien de la Défense Guido Crosetto sur Twitter.

Le ministère allemand des Affaires étrangères a recommandé dans la journée «à tous ses ressortissants à Niamey», d’accepter l’offre de la France, quand l’Italie a annoncé se tenir prête à évacuer ses ressortissants de Niamey.

Aucune décision concernant les soldats étrangers

Pour l’heure, l’évacuation des soldats n’est «pas du tout à l’ordre du jour» selon l’état-major français. Près de 1.500 militaires français sont basés au Niger, essentiellement sur la base aérienne de Niamey.

Paris, qui avait misé sur le Niger pour redéployer une partie de ses effectifs basés au Mali et au Burkina Faso et avait signé un accord avec le régime du président déchu Mohamed Bazoum, considère que celui-ci «reste valable, puisque nous ne reconnaissons pas d’autre autorité que la sienne», précise le Quai d’Orsay. Un an après le départ des derniers soldats de l’opération antiterroriste française « Barkhane » du Mali, et six mois après celui des forces spéciales françaises du Burkina Faso, réclamés par les militaires arrivés au pouvoir, le pronunciamiento nigérien jette le flou sur l’avenir du dispositif militaire de Paris dans la région.

Les États-Unis, dont environ 1.000 militaires sont déployés au Niger, sont sur une ligne semblable. Les activités de coopération militaire sont «suspendues», a déclaré le porte-parole du Pentagone, mais leur départ n’est pas envisagé.

Des frontières partiellement ouvertes

«Les frontières terrestres et aériennes avec l’Algérie, le Burkina Faso, la Libye, le Mali et le Tchad sont rouvertes» à «compter de ce jour», a déclaré l’un des putschistes. Elles avaient été fermées le 26 juillet, le soir du coup d’État mené par le général Tiani contre le président Mohamed Bazoum.

La réouverture des frontières communes avec cinq pays limitrophes survient également quelques jours avant la fin de l’ultimatum pour rétablir l’ordre constitutionnel, exigé dimanche par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Lire aussi : Coup d’État au Niger, la CEDEAO menace d’intervenir militairement

Les chefs d’état-major doivent se réunir ce 2 août au Nigeria. Une rencontre organisée en urgence, pendant laquelle sera élaborée la stratégie militaire en cas d’envoi de troupes à Niamey. Selon les confidences d’un chef d’État de la région à Jeune Afrique, la Cédéao est plus que déterminée à intervenir militairement au Niger si la junte qui y a pris le pouvoir ne répond pas aux exigences formulées par l’organisation.

Les dirigeants avaient également annoncé la nomination à venir d’un représentant qui serait dépêché au Niger pour soumettre ses exigences. Une délégation de la Cédéao, conduite par le Nigérian Abdulsalami Abubakar, est par ailleurs attendue mercredi au Niger, ont indiqué sous le couvert de l’anonymat une haute responsable de l’organisation ouest-africaine et un responsable militaire du Niger.

Elle va tenter de convaincre les autorités du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) de rebrousser chemin et de réinstaller Mohamed Bazoum dans ses fonctions de président. De son côté, le CNSP s’est dit prêt pour faire face à cette éventuelle «agression».

Regarder aussi : «Mohamed Bazoum se porte bien», affirme le Premier ministre nigérien (France 24)

Par ailleurs, le numéro deux de la junte au pouvoir au Niger, le général Salifou Mody, est arrivé mercredi au Mali, dont les dirigeants militaires se sont solidarisés avec leurs homologues nigériens face aux pressions internationales, à la recherche de soutiens, ont indiqué deux hauts responsables.

Les juntes qui se sont également emparées du pouvoir par la force au Mali et au Burkina Faso en 2020 et 2022 ont prévenu lundi dans un communiqué conjoint qu’elles considéreraient une intervention militaire au Niger comme une «déclaration de guerre» contre leur propre pays.

Le général Mody, ancien chef d’état-major des Armées limogé en avril et membre du groupe de militaires qui viennent de prendre la tête du Niger par la force, s’est déplacé chez le voisin malien à la tête d’une délégation, ont dit sous le couvert de l’anonymat un haut responsable nigérien et un haut responsable sécuritaire malien.

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