COP29 : quand l’Afrique parle d’une seule et unique voix

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LAfrique a la Cop 29Illustration © DR
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A Bakou, en Azerbaïdjan, le continent africain a décidé de s’unir comme un seul homme pour plaider face à l’intensification des crises climatiques. Les dirigeants africains ont rappelé les urgences auxquelles les pays de la région font face. Ces derniers ont exhorté les pays pollueurs à s’investir davantage dans le financement climatique. Cependant, avec l’élection de Donald Trump, le doute persiste. Détails .

Lors de la COP29, qui se tient du 11 au 22 novembre à Bakou , le continent africain a décidé de s’unir comme un seul homme pour plaider face à l’intensification des crises climatiques. Les 54 pays du continent ont adopté une position commune, reflétant une volonté ferme d’influencer les discussions mondiales et de défendre les intérêts de l’Afrique.

Portée par ses chefs d’État, cette position unifiée met l’accent sur deux priorités fondamentales : le financement climatique et des mesures d’atténuation adaptées aux réalités africaines. Avec une centaine de dirigeants mondiaux attendus, dont près de 30 chefs d’État africains, ce segment de haut niveau est une occasion historique de faire entendre la voix africaine.

L’Afrique, bien qu’elle soit l’un des continents les moins responsables des émissions mondiales de gaz à effet de serre (environ 4%), subit de plein fouet les effets du changement climatique : inondations, sécheresses, désertification, crises humanitaires… L’urgence climatique n’est pas une abstraction pour les Africains ; c’est une réalité quotidienne.

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C’est dans ce sens que les dirigeants africains réclament une répartition équitable des responsabilités et des financements climatiques. Durant cette COP, ils ont insisté sur la nécessité d’augmenter les fonds pour l’adaptation et le transfert de technologies vertes. Ces ressources sont essentielles pour renforcer la résilience des infrastructures, développer les énergies renouvelables, et protéger les écosystèmes africains.

Le président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso, s’est particulièrement illustré en mettant en avant la préservation des forêts tropicales du Bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie. Ces forêts, essentielles pour la biodiversité et la régulation du climat, sont menacées par la déforestation et l’exploitation illégale des ressources naturelles. Il a également appelé à une augmentation substantielle des financements climatiques. «Les besoins des pays en développement pour lutter contre le changement climatique dépassent désormais les 1.000 milliards de dollars», a-t-il affirmé, exhortant une révision ambitieuse des objectifs de financement, tout en insistant sur la justice climatique.

Le président togolais, Faure Gnassingbé, a, pour sa part, vivement dénoncé les promesses non tenues des nations industrialisées, premières responsables de la crise climatique. Il a réclamé des actions concrètes pour combler le fossé entre engagements et réalisations. «L’inaction nous rapproche d’un point de non-retour. Il est temps que nos actions reflètent l’ampleur de l’urgence», a-t-il déclaré, soulignant la nécessité d’une responsabilité partagée mais différenciée, comme établi dans les accords internationaux.

L’Afrique, en première ligne face à la crise climatique

Les chefs d’État africains ont rappelé que le continent subit de plein fouet les impacts de la crise climatique : inondations, sécheresses, érosion des côtes et crises alimentaires. Ces phénomènes aggravent les inégalités et compromettent le développement économique en Afrique.

Nana Akufo-Addo, président du Ghana, a plaidé pour un financement durable sans creuser la dette. «Quel monde laisserons-nous derrière nous ?», a-t-il interrogé, en appelant à des partenariats mondiaux pour garantir un avenir vert et résilient.

De même, Taye Atseke Selassie Amde, président de l’Éthiopie, a mis en avant les initiatives locales telles que l’extension de la couverture forestière et le développement de cultures résistantes au climat. Il a néanmoins déploré les retards de financement, soulignant que «l’horloge tourne et le temps presse».

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De son côté, William Ruto, président du Kenya, a porté un message ambitieux sur la croissance verte. Après avoir accueilli le premier sommet africain sur le climat à Nairobi, William Ruto continue de plaider pour une coopération renforcée entre le Nord et le Sud. Il appelle à une transition énergétique juste, où les besoins des populations africaines, souvent sans accès à l’électricité, sont prioritaires.

L’Afrique est à la croisée des chemins. Bien qu’elle ne contribue qu’en faible proportion aux émissions mondiales, elle est l’un des continents les plus touchés par les effets du réchauffement climatique. Ses écosystèmes variés, ses zones côtières vulnérables et sa population en forte croissance exacerbent les défis climatiques.

Les inondations massives en Afrique de l’Ouest, les sécheresses prolongées dans la Corne de l’Afrique, ou encore l’érosion côtière en Afrique centrale témoignent de la gravité de la situation. Ces phénomènes extrêmes affectent gravement l’agriculture, réduisent la disponibilité des ressources en eau, et alimentent les crises humanitaires dans plusieurs régions.

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Cependant, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis a jeté une ombre sur la COP 29, alimentant des inquiétudes quant à l’engagement des grandes puissances envers les objectifs climatiques. Connue pour son scepticisme climatique, l’administration Trump menace une fois encore de se retirer de l’Accord de Paris, fragilisant les efforts de coopération internationale nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique.

Cette situation crée une incertitude majeure autour des financements climatiques, déjà largement insuffisants. L’objectif initial de mobiliser 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020, destiné aux pays en développement pour atténuer les effets du changement climatique et s’y adapter, n’a été atteint qu’en 2022, avec des contributions limitées et souvent conditionnelles. L’Afrique dépend de ces financements pour renforcer sa résilience face aux impacts climatiques croissants, comme les sécheresses, les inondations et la dégradation des écosystèmes.

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