Cameroun : remaniement dans l’armée sur fond d’absence de Paul Biya
Le président camerounais Paul Biya, actuellement hors du pays, a procédé à une série de nominations au sein des forces armées, selon plusieurs décrets publiés le 4 août. Ces décisions concernent notamment des promotions d’officiers généraux, des commandements territoriaux et plusieurs unités stratégiques, dont la garde présidentielle.
Cinq nouveaux généraux de brigade figurent parmi les officiers nommés. Le décret le plus remarqué concerne Raymond Jean Charles Beko’o Abondo, promu général de brigade et maintenu à la tête de la garde présidentielle, fonction qu’il exerce depuis 13 ans. Cette promotion constitue un changement notable pour cette unité d’élite créée en 1985 car c’est la première fois qu’elle est dirigée par un général de brigade.
Selon un spécialiste des questions sécuritaires cité par RFI, cette décision pourrait être interprétée comme un signe de confiance renouvelée envers cet officier. La garde présidentielle occupe en effet une position stratégique dans le dispositif sécuritaire camerounais en raison de sa mission de protection du chef de l’État et des principales institutions.
Le remaniement concerne également l’état-major des armées. Le général de division Ebaka Hippolyte a été nommé major général, en remplacement de son prédécesseur, admis en deuxième section le 28 juillet. Six nouveaux commandants territoriaux des armées ont par ailleurs été désignés dans quatre des cinq régions militaires interarmées.
Lire aussi : Cameroun : des prêts au développement menacés d’annulation
Des nominations sensibles
Ces nominations touchent des zones particulièrement sensibles, notamment le Centre, où se trouve Yaoundé, le Sud, l’Est, frontalier de la République centrafricaine, ainsi que le Littoral et le Sud-Ouest. Ce dernier reste marqué par le conflit dans les régions anglophones. Les réorganisations concernent également des territoires du nord du pays, où l’armée est engagée contre les groupes terroristes affiliés à Boko Haram.
La publication de ces décrets intervient alors que Paul Biya se trouve à l’étranger, alimentant les interrogations sur l’exercice effectif du pouvoir présidentiel. Un colonel à la retraite, cité anonymement par RFI, estime que seul le chef de l’État est habilité à procéder à de telles nominations au sein de l’armée.
Dans les rangs de l’opposition, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) a pris acte des décisions. Son secrétaire général, Justin Noa, réclame toutefois davantage d’éléments permettant d’établir que Paul Biya exerce effectivement ses fonctions présidentielles. Il rappelle que le chef de l’État avait annoncé, depuis décembre 2025, la formation prochaine d’un nouveau gouvernement, qui n’a toujours pas été mise en place.