Virement attendu
Qui touche l’argent des mines ? 46 organismes, près de 217 millions de dollars gérés entre 2018 et 2023, et une Cour des comptes congolaise qui relève des irrégularités dans un audit publié en 2025. Voilà où en est, en RDC, l’argent censé revenir aux territoires miniers. Les entreprises doivent pourtant consacrer au moins 0,3% de leur chiffre d’affaires à des projets communautaires. Le problème est ailleurs.
L’ITIE-RDC a évalué la situation dans le Haut-Katanga et le Lualaba. Les cahiers des charges y sont approuvés avec retard et les dotations obligatoires mal versées, mal publiées. Des projets s’éloignent parfois de ce que réclament les habitants. Les compagnies honorent en général leurs obligations envers les fonds de développement local, et ce sont les lacunes des institutions chargées de les gérer qui en limitent les retombées. Les communautés ne sont pas consultées en amont et trop rarement associées aux choix des projets.
C’est dans ce décor que l’ONU a lancé la semaine dernière un mécanisme d’appui pour six pays, dont cinq africains. Le PNUD le met en œuvre et son administrateur, Alexander de Croo, parle d’une expertise de terrain pour que la richesse en minerais se traduise en meilleures opportunités pour les populations. La demande mondiale de cuivre, de lithium, de graphite et de terres rares grimpe. Jusqu’ici, la bataille africaine portait sur la transformation : limiter l’export de minerai brut pour attirer des raffineries et garder de la valeur dans le pays. Or une raffinerie nationale ne dit rien du sort des gens qui vivent à côté de la mine et en subissent les effets négatifs. C’est un autre chantier, celui du partage territorial de la valeur.
Le Business & Human Rights Resource Centre a recensé 178 allégations d’atteintes aux droits humains ou à l’environnement liées aux minerais de transition en Afrique entre 2010 et 2024, dont 45 pour la seule année 2024. L’organisation range les travailleurs et les communautés locales parmi les plus touchés. Précisons que ces chiffres comptent des allégations publiques, sans qu’une violation soit établie en justice pour autant.
Reste à voir ce que le mécanisme produira.
Son architecture prévoit un travail sur le partage équitable des bénéfices et l’engagement des communautés, à côté de la diversification économique et de la valeur ajoutée. Les pays retenus devront dire si cela se traduit en règles plus précises sur les recettes affectées aux collectivités et l’accès des entreprises locales aux marchés miniers, puis sur les emplois pour les riverains et les infrastructures partagées. Pour l’instant, on en est aux intentions. Disons-le sans détour : empiler les dispositifs ne règle rien tant que l’argent se perd en route. Qu’un fonds porte le sigle d’un ministère ou celui des Nations unies ne change pas grand-chose pour un village du Lualaba, qui attend de pouvoir lire le cahier des charges et de voir le virement arriver. Le dispositif concerne la Guinée, Madagascar, le Nigeria, le Zimbabwe et la Zambie. Des pays où les riverains des sites miniers sont oubliés.