États-Unis : l’Afrique au cœur de la politique d’expulsion des migrants
Donald Trump, président américain © BBC News Les États-Unis ont développé depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche une politique d’expulsion reposant notamment sur le transfert de migrants vers des pays tiers. Selon une enquête menée pendant six mois par RFI, France 24 et 24 autres médias réunis au sein du consortium coordonné par Forbidden Stories, Washington aurait conclu depuis janvier 2025 des accords avec 35 pays, dont 13 africains, pour faciliter ces transferts.
Ces arrangements sont souvent conclus par des échanges de notes diplomatiques plutôt que par des traités formels. C’est notamment le cas du Cameroun, où un accord destiné à accueillir des personnes expulsées des États-Unis a été finalisé le 16 décembre 2025. Les autorités camerounaises n’ont toutefois pas communiqué officiellement sur son contenu. Des sources citées par l’enquête affirment que les négociations ont été menées dans une grande confidentialité.
Pour obtenir la coopération des pays concernés, l’administration américaine dispose de plusieurs leviers, parmi lesquels les financements, l’aide au développement, les visas, le commerce et le soutien diplomatique. Des documents internes consultés dans le cadre de l’enquête font état d’une enveloppe d’au moins 410 millions de dollars destinée à soutenir ces accords, dont 81 millions devant être versés directement aux gouvernements partenaires.
La Sierra Leone a ainsi reconnu l’existence d’un accord prévoyant une subvention américaine de 1,5 million de dollars pour couvrir des coûts humanitaires et opérationnels. Freetown s’est engagé à accueillir jusqu’à 300 ressortissants de pays de la Cédéao expulsés des États-Unis chaque année. Au Rwanda, la commission des Affaires étrangères du Sénat américain a également fait état de 7,5 millions de dollars versés dans le cadre de ce dispositif. La Guinée équatoriale aurait reçu une somme similaire, tandis que l’Eswatini aurait obtenu 5,1 millions.
Lire aussi : Expulsions Liberia : jusqu’à 1.200 renvois des Etats-Unis en un an
La question migratoire au centre des discussions bilatérales
L’enquête relève par ailleurs plusieurs rapprochements entre les discussions migratoires et d’autres dossiers bilatéraux. Au Ghana, le ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa a publiquement décrit des négociations dans lesquelles Accra demandait notamment un assouplissement des règles de visas, la prolongation de l’Agoa et une révision des droits de douane. Après l’arrivée d’un premier groupe de 14 personnes expulsées en septembre 2025, Washington a rétabli certaines facilités de visas pour les Ghanéens.
D’autres situations présentent des liens temporels, sans qu’un échange de contreparties soit explicitement établi dans les documents consultés. Au Cameroun, l’accord migratoire et un programme américain d’aide sanitaire de près de 400 millions de dollars sur cinq ans ont été finalisés le même jour. En Sierra Leone, les négociations sur l’accueil d’expulsés se sont déroulées parallèlement aux discussions sur le financement de la lutte contre le VIH.
Des avocats et organisations de défense des droits humains dénoncent ainsi un système opaque dans lequel l’accueil de personnes expulsées pourrait servir de levier diplomatique. Les États africains disposent toutefois eux aussi de marges de négociation. Le Soudan du Sud avait notamment assorti son accord de huit demandes adressées à Washington, portant entre autres sur les sanctions, les visas et le soutien américain dans un dossier politique interne.
L’enquête souligne enfin les conséquences de ces accords pour les personnes transférées. Au Soudan du Sud, huit personnes expulsées en juillet 2025 ont été placées sous la garde des autorités locales, certaines étant restées détenues pendant plusieurs mois. Amnesty International avait alors dénoncé les difficultés rencontrées par leurs avocats pour accéder à leurs clients et connaître précisément leur lieu de détention.