Tintin au Kenya
Le voilà qui déboule à Nairobi, mèche impeccable et lyrisme en bandoulière, bien décidé à nous faire avaler que l’histoire a définitivement tourné la page. Notre Joe Biden européen s’est mis en tête de conquérir l’Afrique anglophone, espérant sans doute que là-bas, on n’ait pas encore entendu parler de ses casseroles diplomatiques en zone francophone. Tout cela dans un « Africa Forward », qui ressemble furieusement à une opération de rebranding pour une influence française qui prend l’eau aux quatre coins du monde et plus particulièrement en Afrique.
Et pour ça il a sorti le grand jeu avec une enveloppe budgétaire de 23 milliards d’euros balancés sur la table comme pour acheter quelques sourires. C’est la nouvelle tactique de l’Elysée, puisque le prestige politique s’effondre du Sahel au Sénégal, on essaie de racheter un peu de crédit avec un carnet de chèques. Ca en devient une diplomatie de VRP, à force de vendre de nouveaux partenariats, sans vraiment avoir les moyens de ses ambitions passées.
Mais Tintin le décontracté a fini par craquer. Nous dirons même plus, mille milliards de mille sabords, il a pété un câble pour du bruit. Au milieu d’une causerie sur la culture, le mari de la prof de français, oubliant son poste de président, s’est réveillé. Agacé par le remue-ménage dans l’assistance, il s’est levé pour pousser une gueulante mémorable, exigeant le silence comme s’il s’adressait à une classe de cancres. « Manque de respect », a-t-il tonné, invitant les bavards à prendre la porte. Voyez-vous, on a beau chasser le naturel, il revient au galop. Cette manie INSUPPORTABLE de vouloir régenter l’Afrique.
C’est un fiasco propre au style macronien. On prétend traiter les chefs d’Etat locaux en frères ou en égaux, mais à la première occasion, on ressort le costume de l’instructeur colonial. Cette attitude, ce mélange de certitude intellectuelle et de morgue professorale, c’est précisément ce qui rend la France inaudible aujourd’hui.
Merci Tintin, mais l’Afrique sait ce qui est bon pour elle.