Au Ghana, la réforme des redevances sur l’or fragilise confiance et investissements
Le gouvernement ghanéen a relancé un débat sensible en proposant un nouveau barème de redevances sur l’or qui pourrait porter les taux jusqu’à 12%, provoquant l’inquiétude des exploitants miniers et de plusieurs gouvernements étrangers. La proposition, défendue par le Ghana comme un moyen de mieux capter la rente à l’heure d’une hausse durable des cours, soulève des craintes sur la compétitivité du secteur et l’attractivité du pays pour les investisseurs.
À un prix de l’or approchant les 5.100 dollars l’once, le nouveau mécanisme envisagé remplacerait le taux actuel de 5% par un barème progressif pouvant atteindre 12% selon les conditions d’exploitation. Cette augmentation, plus du double du niveau en vigueur, s’inscrit dans la volonté affichée des autorités de mieux redistribuer les revenus tirés d’une ressource qui demeure le premier produit d’exportation du pays.
Des missions diplomatiques ont fait part de leurs réserves auprès des autorités ghanéennes, dont la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada, qui ont, avec d’autres partenaires, demandé davantage de discussions.
Les acteurs du secteur, représentés par la Chambre des mines du Ghana, ont déjà fait part de leur opposition à un barème aussi élevé. Parmi les exploitants présents sur place figurent des sociétés de premier plan, telles que Newmont, Zijin Gold ou encore Gold Fields, qui estiment que la hausse proposée mettrait en péril la viabilité financière de certains projets et pourrait réduire les investissements futurs.
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Concessions gouvernementales… insuffisantes
Pour faciliter l’acceptation du nouveau régime, les autorités ghanéennes ont proposé début février de modifier un impôt additionnel (la taxe sur la croissance et la durabilité) en abaissant son taux de 3% à 1%. Cet aménagement fiscal vise à compenser partiellement la hausse des redevances. La Chambre des mines a jugé la mesure insuffisante et réclame soit la suppression pure et simple de cette taxe, soit un barème de redevances plus modéré, situé selon elle entre 4% et 8%.
La démarche ghanéenne s’inscrit dans un mouvement plus large sur le continent où plusieurs producteurs africains cherchent à capter une part plus importante de la rente minière, à l’image du Mali et du Burkina Faso, qui ont récemment révisé leurs cadres fiscaux sur les matières premières. Pour Accra, il s’agit d’équilibrer la nécessité de financer les dépenses publiques et le développement local avec le besoin de préserver un environnement favorable aux investissements privés.
Les conséquences potentielles sont multiples : un barème de redevances trop élevé pourrait entraîner une réduction des projets d’exploration, des fermetures temporaires ou définitives de mines marginales, et un ralentissement des recettes à long terme si les entreprises optent pour une moindre présence au Ghana. Inversement, un relèvement modéré et bien calibré permettrait d’augmenter les recettes publiques sans compromettre la pérennité du secteur.