L’ordre bafoué
En Afrique du Sud, le président commande, ou croit commander.
Cyril Ramaphosa avait été clair : l’Iran n’avait rien à faire dans ces manœuvres navales organisées au large du Cap en janvier. Ordre donné. Ordre ignoré. Des frégates de la République islamique ont quand même mouillé dans les eaux sud-africaines, aux côtés de navires chinois, russes et émiratis, le tout sous le pavillon des Brics+.
Dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom, la question qui suit est simple : qui a osé ?
La présidence ne se contente pas de la réponse que l’armée comptait se donner à elle-même. Une commission de trois magistrats vient d’être nommée, dotée de pouvoirs larges (accès aux documents classifiés, convocation de tout militaire ou fonctionnaire, etc). Un mois pour rendre ses conclusions directement au chef de l’État.
Le message est sans ambiguïté : cette fois, on ne laissera pas le corps militaire enquêter sur sa propre désobéissance. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ramaphosa avait, selon plusieurs médias locaux, demandé que l’Iran soit au moins relégué au rang d’observateur. Rien n’y a fait. Quelqu’un, quelque part dans la chaîne de commandement, a décidé que l’instruction présidentielle pouvait s’accommoder d’une interprétation souple. C’est le genre de liberté que l’on ne prend pas par inadvertance.
Ce n’est d’ailleurs pas un accident isolé. En août 2025, un général sud-africain en visite à Téhéran avait tenu des propos que le ministère des Affaires étrangères avait dû désavouer publiquement, précisant qu’ils ne « représentaient pas la position officielle du gouvernement ».
Deux fois en moins d’un an, c’est un tropisme, pas une maladresse.
Les Américains ont dit tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas : voir l’Iran, dont le régime écrase ses propres citoyens dans le sang, participer à ces exercices était « particulièrement inadmissible ». L’Afrique du Sud s’est retrouvée dans la position inconfortable de celui qui veut ménager tout le monde et finit par déplaire à tous.
Le non-alignement, en politique étrangère, est une posture respectable. Mais il exige une cohérence sans faille entre les discours et les actes. Ce que cette affaire révèle, ce n’est pas tant un choix géopolitique qu’un déficit de contrôle de l’exécutif sur son propre appareil militaire.
La commission le dira officiellement dans un mois. Mais la vraie réponse, beaucoup la connaissent déjà.