L’UE et l’Afrique du Sud renforcent leur coopération face aux tensions avec Washington

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L’UE et l’Afrique du Sud renforcent leur coopération face aux tensions avec WashingtonLe président sud-africain Cyril Ramaphosa et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors d'un sommet commun au Cap, le 13 mars 2025. DR
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Alors que ses relations avec les États-Unis se compliquent, l’Union européenne cherche à renforcer ses partenariats. C’est dans ce contexte de tensions géopolitiques croissantes que la nation arc-en-ciel a accueilli 8ᵉ sommet UE-Afrique du Sud. Un plan d’investissement de 4,7 milliards d’euros est annoncé. La question ukrainienne s’invite aussi dans les discussions, alors que Pretoria affirme sa neutralité.

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis a bouleversé les relations internationales. Chaque État cherche à établir des partenariats solides, et le continent africain n’est pas en reste. C’est dans ce contexte que se tient le 8ᵉ sommet Union européenne – Afrique du Sud, ce jeudi 13 mars, au Cap. Cet événement, qui n’avait pas eu lieu depuis sept ans, a été co-présidé par le président sud-africain Cyril Ramaphosa, aux côtés du président du Conseil européen, Antonio Costa, et de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Objectif : renforcer le partenariat entre l’UE et l’Afrique du Sud, tout en cherchant à affirmer leur position face aux États-Unis et à la Russie.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a souligné l’importance de ce sommet dans un contexte d’«incertitude mondiale caractérisée par une montée de l’unilatéralisme et du nationalisme économique». Ses propos ont été appuyés par Antonio Costa et Ursula von der Leyen, qui ont évoqué une «époque de confrontation et de protectionnisme».

Lire aussi : Trump relance la guerre des taxes sur l’acier et l’aluminium

Face à ces défis, les dirigeants ont insisté sur leurs «valeurs partagées», mettant en avant la coopération entre l’UE et l’Afrique du Sud. Ce rapprochement est d’autant plus crucial que les relations de Pretoria avec Washington se sont tendues ces derniers mois, notamment en raison des décisions de l’administration Trump.

Le président américain a annoncé la suspension du financement des États-Unis à l’Afrique du Sud, soit 440 millions de dollars par an. Cette décision a été prise en réaction à la nouvelle loi sud-africaine sur l’expropriation des terres. Destinée à corriger les inégalités héritées de l’apartheid, cette loi permet la récupération de terres inutilisées ou abandonnées sans compensation dans des cas précis. Cependant, Donald Trump la qualifie de «traitement injuste de certaines catégories de personnes» et dénonce des «lois sur la propriété ouvertement racistes».

Un partenariat économique consolidé

Lors du sommet, la présidente de la Commission européenne a annoncé un plan d’investissement de 4,7 milliards d’euros destiné à financer la transition énergétique. «Vous avez de l’énergie propre en abondance, du vent au soleil. Vous disposez de matières premières essentielles pour les électrolyseurs, notamment 91 % des réserves mondiales de métaux du groupe de la platine», a déclaré Ursula von der Leyen. Des investissements sont également prévus pour le renforcement de la fabrication de vaccins ainsi que pour le développement des infrastructures ferroviaires et portuaires.

Ce plan intervient peu après le retrait des États-Unis du Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), laissant un vide financier. Toutefois, Ursula von der Leyen a précisé que l’UE ne cherchait pas à remplacer les États-Unis, mais plutôt à renforcer sa coopération avec l’Afrique du Sud.

Lire aussi : L’UE promet de réagir aux droits de douanes réciproques américains

Il convient de rappeler que l’Afrique du Sud n’est pas le seul pays impacté par les décisions de Donald Trump. L’UE a également été visée par son administration, qui a imposé des droits de douane de 25% sur les importations d’acier et d’aluminium européens. En réponse, la Commission européenne a promis des mesures de rétorsion dès le 1ᵉʳ avril.

Face à cette situation, Antonio Costa a tenu à rassurer : «L’UE est et restera un partenaire fort et fiable pour l’Afrique du Sud.»

L’Ukraine au cœur des discussions

L’Afrique du Sud a été critiquée par l’ancienne administration Biden pour son rapprochement avec la Russie. Lors du sommet, Cyril Ramaphosa a tenu à réaffirmer la neutralité de son pays : «Notre implication a prouvé que nous sommes neutres.»

Pour illustrer cette position, Pretoria accueillera pour la première fois le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’une visite officielle le 10 avril. Ursula von der Leyen a salué cette initiative, estimant «très important» d’échanger avec l’Afrique du Sud sur les perspectives d’un accord de paix en Ukraine.

Lire aussi : L’Union européenne veut mobiliser 800 milliards d’euros pour sa défense

Pour rappel, l’Afrique du Sud est le plus grand partenaire commercial de l’UE en Afrique subsaharienne, avec 49 milliards d’euros d’échanges de biens en 2023. Elle représente également 47% des investissements directs étrangers dans le pays.

Depuis la signature de leur accord stratégique en 2007, l’UE et l’Afrique du Sud ont maintenu une relation privilégiée. Avec ces nouveaux engagements financiers et diplomatiques, ce sommet marque une volonté claire de renforcer cette coopération face aux défis mondiaux.

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