Vagues de chaleur : l’Afrique face à une intensification sans précédent d’ici 2100

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Vagues de chaleur : l’Afrique face à une intensification sans précédent d’ici 2100Chaleur © depositphotos
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Les vagues de chaleur s’intensifient sur le continent africain à un rythme alarmant. Une nouvelle étude internationale révèle que leur durée, leur fréquence et leur intensité pourraient être multipliées par dix d’ici la fin du siècle dans certaines régions, sous l’effet combiné du changement climatique et des transformations des terres.

L’Afrique, bien que faiblement contributrice aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, se trouve en première ligne face à l’aggravation des vagues de chaleur. Une étude récente publiée dans Communications Earth & Environment met en lumière une transformation profonde du régime des canicules sur le continent.

En analysant dix modèles climatiques globaux issus du programme Coupled Model Intercomparison Project (CMIP6), les chercheurs dressent un constat inquiétant : les vagues de chaleur ne seront plus des épisodes ponctuels, mais pourraient devenir un état climatique quasi permanent dans plusieurs régions africaines d’ici 2100.

L’étude s’appuie sur deux scénarios d’émissions : le SSP370, intermédiaire, et le SSP585, correspondant à une trajectoire de fortes émissions. Même dans le scénario modéré, les projections indiquent une hausse spectaculaire du nombre de jours concernés par des vagues de chaleur, ainsi qu’un allongement marqué de leur durée.

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Des régions inégalement exposées

Les résultats montrent de fortes disparités régionales. L’Afrique australe apparaît comme l’un des principaux points chauds. En Afrique du Sud occidentale, la durée et la fréquence des vagues de chaleur pourraient être multipliées par plus de douze sous le scénario le plus pessimiste. Dans certaines zones, les épisodes pourraient durer plusieurs dizaines de jours consécutifs et s’étendre sur plus de 200 jours par an en fin de siècle.

En Afrique centrale et en Afrique de l’Est australe, les projections indiquent également un basculement vers des vagues de chaleur plus longues et plus fréquentes. À l’inverse, la région méditerranéenne africaine, bien que fortement touchée, présenterait un profil plus « stable » : des vagues de chaleur très sévères, mais avec une variabilité moindre que dans le sud du continent.

Historiquement, les vagues de chaleur en Afrique duraient généralement moins de cinq jours et survenaient moins de vingt jours par an. D’ici la seconde moitié du siècle, ces seuils pourraient exploser, transformant la nature même de ces événements extrêmes.

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Le rôle clé des sols, de l’humidité et de l’usage des terres

L’originalité majeure de cette étude réside dans l’analyse des mécanismes physiques sous-jacents. Les chercheurs ont mobilisé une méthode d’intelligence artificielle explicable, appelée Shapley Additive Explanations (SHAP), afin de déterminer le poids respectif des différents facteurs environnementaux.

Température de l’air, humidité relative, humidité des sols, flux de chaleur sensible et latente, rayonnement solaire descendant, vitesse des vents : tous ces paramètres interagissent de manière complexe. Il en ressort que la combinaison température-humidité explique à elle seule plus de 35% de l’augmentation projetée des vagues de chaleur dans plusieurs régions.

Lorsque les sols s’assèchent, l’énergie solaire ne sert plus à évaporer l’eau mais à réchauffer directement la surface, intensifiant la chaleur. À l’inverse, des sols humides favorisent l’évaporation, augmentant l’humidité atmosphérique et accentuant le stress thermique ressenti par les populations, notamment la nuit, lorsque le corps peine à se refroidir.

Les transformations des terres (expansion des cultures, pâturages, déforestation, urbanisation) amplifient ces dynamiques. La réduction de l’évapotranspiration et la modification de l’albédo contribuent à renforcer les températures locales. Autrement dit, le changement climatique et les choix d’aménagement du territoire agissent de concert.

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Un tournant climatique aux conséquences systémiques

Les implications dépassent largement la seule question météorologique. Les vagues de chaleur affectent directement la santé publique, en augmentant les risques de stress thermique, de déshydratation et de mortalité liée à la chaleur. Certaines projections évoquent une multiplication par cinquante des décès liés à la chaleur en Afrique d’ici 2100 si les émissions mondiales ne sont pas maîtrisées.

Le secteur agricole, pilier économique dans de nombreuses régions africaines, est particulièrement vulnérable. Des vagues de chaleur plus précoces et plus longues perturbent les cycles de culture, réduisent les rendements et accentuent l’insécurité alimentaire. L’énergie, l’accès à l’eau et les infrastructures urbaines sont également exposés à une pression accrue.

Face à ces perspectives, le scénario SSP370 offre un signal d’espoir : une stabilisation relative des émissions permettrait de réduire significativement la fréquence et la durée des vagues de chaleur en Afrique de l’Ouest notamment. Les différences entre les deux trajectoires montrent que les choix politiques actuels auront un impact direct et mesurable sur l’intensité des risques futurs.

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Adapter les territoires à une nouvelle réalité

Au-delà du diagnostic, l’étude insiste sur la nécessité d’intégrer les interactions climat–usage des terres dans les stratégies d’adaptation. Les systèmes d’alerte précoce, la planification urbaine, la gestion durable des sols et des ressources hydriques deviennent des leviers essentiels.

L’amélioration des modèles climatiques grâce à des corrections statistiques avancées a permis aux chercheurs de réduire significativement les incertitudes régionales, renforçant la fiabilité des projections. Cela offre aux décideurs des bases scientifiques plus solides pour anticiper les impacts.

Le continent africain se trouve ainsi à un carrefour : subir une intensification quasi permanente des vagues de chaleur ou atténuer leur progression par des politiques climatiques ambitieuses et une gestion raisonnée des territoires.

La chaleur extrême ne sera plus l’exception. Elle pourrait devenir la norme. Reste à savoir dans quelle mesure les sociétés africaines, et la communauté internationale, sauront agir pour limiter cette trajectoire.

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