Union africaine : après 20 ans d’existence, quid des réalisations et défis du bloc

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Union africaine : après 20 ans d’existence, quid des réalisations et défis du bloc

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Le 9 juillet, l’Union africaine (UA) a célébré ses 20 ans d’existence. Sa création a été accueillie avec beaucoup d’optimisme. En deux décennies, l’UA a permis à ses 55 États membres de débloquer de plus en plus le potentiel de l’Afrique et d’assurer sa prospérité. Cependant, malgré ses réalisations indéniables, l’organisme doit encore relever plusieurs défis, notamment les conflits internes, les changements anticonstitutionnels de gouvernement et la détérioration du climat.

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Créée en 2002 et comptant 55 nations parmi ses membres, l’Union africaine (UA) a succédé à l’Organisation de l’unité africaine (OUA), qui existait depuis 1963. Alors que l’OUA concentrait ses efforts principalement sur la décolonisation et l’établissement de relations diplomatiques entre ses membres, l’UA, elle, vise à assurer le développement économique du continent et à instaurer une paix durable.

Depuis son lancement, le 9 juillet 2002, l’organisation a accompli beaucoup de choses, en particulier en matière de renforcement de la présence de l’Afrique sur la scène internationale et de suppression des barrières commerciales sur le continent.

Cependant, plusieurs experts estiment que l’UA doit mieux gérer les conflits et les changements antidémocratiques de gouvernement qui menacent la prospérité du continent. Ils appellent aussi les membres du bloc à trouver une solution commune pour lutter contre le changement climatique.

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Une présence internationale plus forte

Depuis la mise en place de l’UA, ses fondateurs se sont engagés à adopter une position plus réaliste et pragmatique en matière de coopération politique. «Le temps est venu pour l’Afrique de prendre la place qui lui revient sur la scène internationale», avait déclaré le premier président de l’UA, Thabo Mbeki, lors de son discours d’investiture à Durban, en Afrique du Sud.

Les analystes s’accordent à dire que cet objectif a souvent été atteint. Les 55 États membres du bloc se sont en effet engagés collectivement sur de nombreuses questions mondiales, permettant ainsi au continent d’avoir plus de poids dans la sphère mondiale.

«L’UA a aidé les pays africains à devenir plus actifs et à s’affirmer dans le processus décisionnel dans le monde», à en croire l’ambassadrice du Ghana en Belgique et au Luxembourg, Harriet Sena Siaw-Boateng. Cette dernière a souligné que «les pays africains suivent l’exemple de l’Europe et réussissent de mieux en mieux à rédiger, négocier et présenter des positions communes pour promouvoir et défendre nos propres intérêts».

S’exprimant lors d’un webinaire sur l’UA, organisé par l’Institute for Security Studies, un groupe de réflexion basé en Afrique du Sud, Siaw-Boateng a avancé que «lorsque l’Afrique fait front commun, le monde entier se rassoit et en prend note».

De plus, l’Union africaine a récemment été saluée pour son rôle dans la coordination de la réponse du continent à la pandémie de la Covid-19. Son lobbying en faveur de l’accès aux vaccins et de l’allègement de la dette induite par la crise sanitaire ont aussi été largement applaudis.

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Suivre l’exemple de l’UE

L’UA s’inspire vaguement du modèle de l’Union européenne (UE) et, à l’instar de cette dernière, l’intégration économique est l’un de ses principaux piliers. C’est dans ce cadre que l’organisation a mis en œuvre la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) en 2020, qui pourrait être la plus grande zone de libre-échange au monde. Et avec le lancement de son accord de libre-échange (ALE), le 1ᵉʳ janvier 2021, l’UA a insufflé un nouveau dynamisme à l’économie du continent.

Notons que la ZLECAF, qui vise à créer un marché unique des biens et des services, devrait stimuler le commerce intra-africain d’environ 35 milliards de dollars (34,4 milliards d’euros). Elle permettra aussi d’attirer davantage d’investissements en infrastructures à grande échelle en raison de la taille importante de ce marché en Afrique.

Selon l’agence allemande pour la coopération internationale, la GIZ, la ZLECAF est un «immense succès diplomatique et politique compte tenu du court délai, des objectifs ambitieux de libéralisation fixés, ainsi que de l’hétérogénéité et du grand nombre des États membres qui participent aux négociations concernant ce projet».

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La «non-indifférence»

Autre réussite majeure de l’Union africaine, l’amélioration et l’évolution de sa coopération en matière de paix et de sécurité avec les Nations Unies (ONU) au cours de ces deux dernières décennies. Avant la création de l’UA, et au cours des premières années de son existence, l’ONU était le principal acteur de la sécurité sur le continent et le principal fournisseur de forces de maintien de la paix.

Cette mobilisation onusienne était indispensable, car l’OUA ne disposait pas, à l’époque, des moyens juridiques nécessaires pour s’impliquer dans les conflits nationaux.

L’Union africaine, en revanche, a recouru depuis sa création à une approche différente. Adoptant le principe de «non-indifférence», elle est habilitée à intervenir auprès d’un État membre en cas de crimes de guerre, de génocide et de crimes contre l’Humanité.

L’UA a ainsi mené d’importantes opérations de maintien de la paix, en collaborant avec les forces de l’ONU dans des pays comme le Mali et la République démocratique du Congo. Elle a déployé également ses propres forces dans des pays comme le Burundi et le Soudan, et en Somalie.

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Promouvoir la démocratie

L’Union africaine a de plus eu une «influence positive» sur le continent, en prônant et en implémentant les valeurs libérales de la démocratie, notamment les élections libres, la transparence et les mesures anti-coup d’État. D’après les experts en politiques, avant la création de l’UA, le mot démocratie était très controversé, très contesté, et un certain nombre d’élites africaines l’associaient au colonialisme et à l’héritage colonial. L’UA a en plus expliqué et prouvé à ses membres que les coups d’État sont un moyen illégitime d’accéder au pouvoir en Afrique.

La liste des guerres civiles, des conflits armés et des coups d’État militaires en cours dans le continent reste toutefois alarmante. À titre d’exemple, les militaires soudanais ont mené, le 25 octobre 2021, un putsch violent contre le gouvernement du pays. En Éthiopie, l’exécutif se bat contre les forces rebelles régionales depuis novembre 2020. Ces affrontements ont par la suite déclenché une crise humanitaire sans précédent dans le pays.

Par ailleurs, les tensions entre le Rwanda et la République démocratique du Congo continuent de tenir le continent en haleine. Bien que les deux parties semblent désormais prêtes à recourir à la diplomatie, des groupes armés, que chaque pays accuse de soutenir pour tenter de déstabiliser l’autre, poursuivent leurs attaques mortelles en RDC.

Le Soudan, le Burkina Faso, la Guinée et le Mali sont pour leur part suspendus de l’UA. Pour cause : l’organisation de coups d’État contre leur gouvernement et le refus des militaires de céder le pouvoir aux civils.

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Enfin, l’Union africaine adopte une position «beaucoup plus souple» lorsqu’il s’agit de dirigeants qui dépassent la durée de leur mandat ou qui modifient la constitution pour rester plus longtemps au pouvoir. L’UA n’a effectivement pas réprimandé le coup de force du président guinéen, Alpha Condé, qui s’était présenté pour un troisième mandat controversé en 2020 après des changements constitutionnels. Moins d’un an plus tard, Condé a été renversé par un putsch soutenu par des Guinéens en colère. L’Union africaine doit ainsi s’attarder davantage sur ce genre de dépassements politique et abus de pouvoir afin de reconquérir la confiance des Africains et leur soutien.

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