Tchad : après la frappe de drone, l’armée en alerte maximale
Au Tchad, une frappe de drone survenue mercredi 18 mars à Tiné, dans la province du Wadi Fira, à la frontière avec le Soudan, a fait 19 morts selon le dernier bilan officiel. L’attaque a également causé plusieurs dizaines de blessés et a conduit les autorités à placer l’armée en « alerte maximale » dans cette zone de l’est du pays.
La ville visée se trouve sur un axe frontalier sensible, alors que la guerre au Soudan entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide se poursuit depuis avril 2023. Réuni dans la nuit en conseil de défense et de sécurité, le président Mahamat Idriss Déby a ordonné aux forces tchadiennes de riposter à toute attaque venant du territoire soudanais, tandis qu’une enquête a été ouverte pour établir précisément les responsabilités.
Une frappe de drone qui ravive les tensions à la frontière tchado-soudanaise
D’après les premières informations communiquées par les autorités, l’attaque a touché des civils réunis sur un lieu de recueillement. Le gouvernement tchadien n’a pas formellement désigné de responsable dans ses déclarations publiques, mais des sources sécuritaires attribuent le tir à un appareil venu du Soudan, dans un contexte marqué par la montée des incidents transfrontaliers depuis le début du conflit soudanais. Tiné, comme d’autres localités de l’est tchadien, subit directement les répercussions d’une guerre qui déborde de plus en plus sur les pays voisins.
Le Tchad partage plus de 1.300 kilomètres de frontière avec le Soudan et accueille déjà un afflux massif de réfugiés ayant fui les combats. Cette pression sécuritaire et humanitaire pèse lourdement sur les capacités locales, dans une région sahélienne déjà exposée à une forte vulnérabilité. A l’échelle continentale, l’Union africaine, l’Autorité intergouvernementale pour le développement et les agences humanitaires alertent depuis des mois sur le risque d’extension du conflit à l’ensemble du bassin sahélo-soudanais, avec des conséquences sur la circulation des populations, la sécurité des échanges et la stabilité des Etats frontaliers.
La réponse annoncée par N’Djamena marque un durcissement de ton. Jusqu’ici, les autorités tchadiennes insistaient surtout sur une ligne de neutralité officielle et sur la nécessité du dialogue entre les parties soudanaises. Mais la répétition d’attaques touchant des civils sur le sol tchadien change l’équation sécuritaire. Pour N’Djamena, l’enjeu est à la fois de protéger les populations frontalières, d’éviter une escalade militaire directe avec des acteurs présents au Soudan et de préserver son rôle dans les efforts régionaux de stabilisation. Dans l’immédiat, le renforcement du dispositif militaire à l’est du pays devrait s’accompagner d’une surveillance accrue de la frontière et d’une coordination plus étroite avec les partenaires africains mobilisés sur la crise soudanaise.