RDC : un an après la bataille de Goma, quelles avancées ?
Il y a un an, la ville de Goma, en République démocratique du Congo, basculait dans une phase de violence sans précédent : l’offensive lancée fin janvier 2025 par l’AFC/M23, appuyée selon de nombreux observateurs par des soutiens rwandais, aboutissait à la prise de la ville. Un an plus tard, le mouvement politico-militaire entretient sa présence et multiplie les actes destinés à accentuer son contrôle, tandis que la population tente, tant bien que mal, de recoudre son quotidien déchiré.
Les chiffres exacts des morts restent impossibles à établir de façon précise. Dans les semaines suivant les combats, les morgues ont été saturées et des enterrements de masse ont eu lieu.
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Les estimations varient. Autorités, organisations internationales et ONG ont fait état, à des moments différents, de plusieurs centaines à plusieurs milliers de morts et de blessés, et des équipes du Croissant-Rouge congolais et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont contribué à la récupération et à l’inhumation des victimes.
Les plaies visibles et invisibles
Les témoignages réunis sur place et rapportés par Radio France International (RFI) racontent l’onde de choc humaine derrière ces chiffres. Furaha a perdu son mari lors des combats des 27 et 28 janvier 2025 ; sa maison a été détruite et elle se retrouve aujourd’hui à nourrir et scolariser neuf enfants. Rachel, elle, porte encore dans son corps des éclats d’obus : « Je ne peux pas marcher de longs trajets pour le moment », confie-t-elle au média français.
Ces blessures physiques, psychologiques et sociales, sont autant de marqueurs d’un an de fragilisation. Les hôpitaux locaux, déjà mis à rude épreuve pendant la bataille, ont débordé, obligeant ONG et organisations internationales à renforcer les capacités d’accueil et les soins d’urgence.
Vivre sans banque : adaptation coûteuse
La suspension des activités de l’antenne provinciale de la Banque centrale du Congo (BCC) et la fermeture des agences commerciales ont privé Goma de l’accès normal au système bancaire.
La conséquence a été une explosion des recours au mobile money pour effectuer et recevoir des salaires ou des transferts, et l’essor d’un marché informel du cash où des intermédiaires prélèvent des commissions élevées pour convertir des transferts électroniques en liquidités. Pour les familles et les petites entreprises, cette fluidité retrouvée sous contrainte a un coût direct et récurrent.
Malgré ces contraintes financières, l’économie locale n’a pas été complètement paralysée : marchés, commerce de détail et importations de proximité ont repris progressivement, souvent via la frontière avec Gisenyi (Rwanda).
Des flux intenses de petits commerçants et de bicyclettes-taxis circulent quotidiennement pour faire transiter fruits, légumes et biens manufacturés, alimentant une reprise d’activité mais aussi une dépendance accrue aux réseaux transfrontaliers.
Administration parallèle et atteintes aux droits humains
Dix jours après la prise de la ville, l’AFC/M23 a entrepris d’instaurer une administration parallèle : nominations de responsables provinciaux, tentatives de réorganisation des services judiciaires, et, plus tard, la mise en place d’une force dite de « Police révolutionnaire congolaise ».
Des rapports d’experts et d’organisations des droits humains font état d’exactions allant des détentions arbitraires et des actes de torture aux exécutions sommaires et les conscriptions forcées, imputées à des éléments associés au M23 et à des forces étrangères intégrées à ses rangs.
La bataille a également provoqué des vagues massives de déplacements : des familles ont fui vers l’intérieur du pays et d’autres sont restées dans des camps ou chez des proches, dans des conditions sanitaires précaires.
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Christian, déplacé depuis février 2025, témoigne d’un accès insuffisant à l’eau potable, aux moustiquaires et aux soins, avec des enfants anémiés et une assistance humanitaire irrégulière. Les chaînes de solidarité locales, déjà fragilisées, peinent à absorber de nouvelles arrivées.
Les habitants de Goma racontent aussi leur capacité à recomposer des routines : les marchés à ciel ouvert, les petits imports depuis le Rwanda et les systèmes informels de paiement maintiennent un semblant d’activité. Mais la résilience économique ne remplace ni la justice ni la réparation. Les familles des victimes réclament en effet des indemnisations ainsi que la réouverture sécurisée des pistes de déplacement (aéroport, corridors) et des garanties de non-répétition. Des voix appellent à un renforcement de la protection des civils et à une enquête indépendante sur les crimes signalés.
À un an de la prise de Goma, l’équation reste donc assez complexe. La présence durable de l’AFC/M23 et l’implantation d’institutions parallèles compliquent toute sortie de crise rapide ; les signaux diplomatiques et humanitaires peinent à se traduire en solutions concrètes sur le terrain.
Pour les habitants, la priorité immédiate est simple et pressante : sécurité, accès aux services de base et reprise des liens familiaux et économiques. Sans réponse coordonnée et respectueuse du droit international, la fragilité sociale et humanitaire risque de s’inscrire sur la durée.