Or not to be
Conakry, 19 juin. Le président Doumbouya réunit les patrons des mines. « Je suis venu vous dire une vérité d’Etat », a-t-il affirmé. Et le chef d’Etat guinéen d’ajouter : plus un gramme d’or brut ne quittera la Guinée. Tout sera raffiné sur place, à la Nimba Gold Refinery à Gbessia.
2.000 kilos par jour, extensible à 4.000. Les contrevenants ? Agrément suspendu, contrat résilié, poursuites judiciaires possibles. Ni exception, ni négociation, ni retour en arrière. C’est Doumbouya qui parle. Mot pour mot. Les directeurs de mines ont hoché la tête. Certains avaient leur avocat au téléphone avant même de sortir de la salle. Ça, personne ne l’écrit mais tout le monde le sait.
Revenons aux chiffres parce qu’ils éclairent tout. L’or représente 62,5% des exportations guinéennes. L’Italie, l’Afrique du Sud, les Emirats et la France sont les principaux clients. Ces quatre pays achètent 83% de l’or qui sort. C’est eux les premiers concernés. Ils vont devoir s’adapter, envoyer leurs raffineurs à Conakry, ou payer plus cher.
Probablement les deux.
Sauf qu’il y a une chose que Doumbouya n’a pas dite ce jour-là. Cinq jours plus tard, son ministre des Affaires étrangères reçoit le corps diplomatique. Morissanda Kouyaté glisse une précision. La Nimba Gold Refinery n’appartient pas à l’Etat guinéen. C’est un investissement privé. L’Etat crée l’environnement mais la raffinerie appartient à d’autres.
Voilà ce que le discours souverainiste n’avait pas mentionné. Ce n’est pas forcément un problème en soi. Beaucoup de pays industrialisés fonctionnent comme ça. Mais entre le discours et la réalité (raffiné dans une raffinerie privée dont on ne connaît pas encore tous les actionnaires), il y a une question qui mérite réponse.
Et puis l’artisanal. 50.000 kilos exportés en 2025 par les filières semi-formelles. Siguiri. Kérouané, les comptoirs, les motos qui traversent les frontières de nuit… Le gouvernement n’a pas dit comment il allait contrôler ça. Pas de calendrier précis. Pas de dispositif annoncé. Juste l’interdiction.
Le Mali a essayé des trucs similaires. Le Burkina aussi. Les résultats sont mitigés. Ce que Doumbouya a lancé là, c’est une guerre contre un système vieux de plusieurs décennies. Un système où les Guinéens regardaient les camions passer et ne voyaient jamais la couleur de l’argent. Le diagnostic est juste. La colère est légitime.
L’exécution, on jugera.
Gbessia tourne ou ne tourne pas. Dans 12 mois on saura.