Les graines de la méfiance

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Les graines de la méfianceLe pétrolier « Boracay », qui appartient à la « flotte fantôme russe » mais se trouve sous pavillon béninois© Damien Meyer/AFP
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La notoriété internationale du Bénin a explosé cette semaine pour des raisons qui n’ont rien à voir avec une quelconque opération de promotion. À la suite de l’arraisonnement par la marine française d’un navire appartenant à la « flotte fantôme » utilisée par la Russie pour contourner l’embargo européen, les Béninois ont découvert, stupéfaits, que leur pays est devenu un pavillon bidon, proposant une immatriculation aux navires sans se soucier du « casier judiciaire » de l’armateur, ni de la légalité de son activité effective. Et tant pis si c’est une organisation criminelle qui se cache derrière l’exploitation du navire.

Le recours aux navires fantômes n’est pas une invention russe. L’Iran, le Venezuela, la Corée du Nord, et jadis le Soudan, bref, tout le casting des pays sous sanctions américaines ou de l’ONU, ont massivement recours à cette technique de camouflage. Au passage, l’on notera que le Bénin n’est pas le seul à offrir une domiciliation juridique aux navires fantômes. Le Gabon, le Cameroun, le Libéria pour ne citer qu’eux, sont également prisés par ces armateurs d’un nouveau genre. De manière étrange, Libreville a confié la gestion de son pavillon à la société Intershipping Services, basée aux Emirats arabes unis, un pays connu pour être le hub mondial des facilitateurs du contournement de sanctions internationales.

Dans le contexte de la dégradation du risque adossé au continent, les pays africains qui servent de siège de complaisance à ces navires, prennent le risque d’accroître le coût de la conformité pour les investisseurs. Tout le monde sait par ailleurs que le Hezbollah libanais — classé dans la liste des organisations terroristes par Bruxelles — recycle une partie de l’argent du trafic de drogue en investissant en Afrique de l’Ouest via des sociétés-écrans. Le désengagement de grands cabinets d’audit, les « big four » de l’Afrique francophone, est juste un syndrome de la méfiance qui va aller crescendo à l’égard du continent.

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