Le dollar, c’est toujours notre problème !

Les membres des BRICS, ou de ce que des « experts » qualifient abusivement de « Sud-Global » rêvent d’une alternative au dollar dans les transactions internationales. Pour l’instant, leur offensive contre la domination du dollar relève plus d’une posture politique, car elle se heurte à la dure réalité du terrain : Monnaie de référence de fait depuis « Bretton-Woods », valeur refuge, le dollar américain est la devise dans laquelle s’effectue la très grande majorité des transactions de matières premières et les opérations sur les marchés financiers. Les plus grandes places d’échange de contrats à terme sur les produits agricoles, l’énergie ou les métaux précieux se trouvent entre New York et Chicago, malgré la concurrence de Londres et l’émergence de quelques places en Asie du Sud.
Si en 2025, le dollar est si dominant dans les échanges dans le monde en conférant aux États-Unis « un privilège exorbitant », disait Valéry Giscard d’Estaing, ce n’est pas parce qu’il a été investi par une quelconque institution. Le billet vert doit sa puissance à celle de l’Amérique. Malgré son poids dans le PIB mondial, la Chine n’est pas prête à passer à la convertibilité totale de sa devise. Et même à supposer que cela soit le cas, il n’est pas certain que les opérateurs se ruent sur cette monnaie ou que les États libellent leurs réserves de change en yuan.
Par ailleurs, les intérêts des États qui prônent la dédollarisation sont diamétralement opposés, sans parler de relations exécrables entre certains poids lourds de ce « club ». Entre la Chine et l’Inde, par exemple, les relations sont tellement exécrables que New Delhi n’acceptera jamais d’être dépendante du Yuan, la monnaie chinoise. Plus de cinquante-quatre ans après la fin de l’étalon or-dollar, les conseillers de Donald Trump peuvent continuer à répéter la célèbre phrase de John Connally, ancien conseiller de Nixon : « Le dollar c’est notre monnaie, mais c’est votre problème ».