L’accord et la guerre
Quatre mois après Washington, le M23 tient toujours Goma, Bukavu, Uvira. Personne ne devrait être surpris, le mouvement n’avait rien signé le 4 décembre. C’était Tshisekedi et Kagame devant les caméras, dans un institut portant le nom de Trump, et le M23 ce jour-là faisait ce qu’il fait depuis 2022 : il tenait ses positions et il avançait là où il pouvait.
Kigali dit qu’il n’y est pour rien, mais ça aussi c’est une constante. Les experts de l’ONU documentent le soutien rwandais au M23 depuis des années. Les États-Unis ont fini par sanctionner l’armée rwandaise début mars, et Kagame a répondu que ces sanctions étaient des insultes et que c’est Kinshasa qui ne respecte pas l’accord, pas Kigali.
Il a tort sur certains points, il a peut-être raison sur d’autres. Les FARDC n’ont effectivement pas neutralisé les FDLR à l’est, ce qui était pourtant inscrit noir sur blanc dans le texte. Mais Kagame sait aussi qu’il joue sur du velours depuis 30 ans avec le même argument : 1994, les génocidaires aux frontières, la sécurité nationale. Ça marche, mais pas partout et pas toujours. À Bruxelles moins qu’avant, mais à Washington encore, et c’est Washington qui compte en ce moment.
Dans les Kivus, la situation est plus confuse qu’un éditorial ne peut le rendre. L’administration congolaise à l’est n’est pas simplement faible, elle est emmêlée avec des intérêts locaux, des chefferies, des milices wazalendo qui combattent le M23 d’un côté et rançonnent les populations de l’autre. Tshisekedi gouverne ça de Kinshasa, à 1.500 kilomètres. Les réunions de suivi se tiennent loin du terrain. Les comptes rendus circulent. À Minova, à Kanyabayonga, les gens font autre chose que lire des comptes rendus.
Le Qatar avait sa propre table avec le M23, notamment le processus de Doha, parallèle aux négociations RDC-Rwanda, sans coordination claire avec Washington. Mi-mars les délégations se sont retrouvées encore une fois aux États-Unis pour annoncer des mesures concrètes. Dans les semaines qui ont suivi, les combats ont continué.
Ce que tout le monde sait et que personne n’écrit dans un accord, c’est que l’est de la RDC est une économie. Le coltan, le cobalt, l’or… tout cela circule, tout cela se taxe, tout cela profite à des gens qui ont intérêt à ce que la situation reste exactement ce qu’elle est. Pas la guerre totale. Pas la paix non plus. Cet entre-deux instable qui permet à des minerais congolais de traverser des frontières rwandaises avec des papiers propres. Ces noms-là ne figurent dans aucun communiqué de Washington.
Depuis 1996, si on compte large, depuis 2022 si on ne veut pas trop remonter, dans les deux cas les gens dans les Kivus n’ont pas attendu qu’on se mette d’accord sur la date de départ. Et un accord signé sous les auspices de Trump dans un institut qui porte son nom, avec le M23 absent de la table, ça ne va pas régler ça.