Dissymétrie
La troisième édition du Country Risk Atlas d’Allianz Trade mérite d’être appréhendée moins comme un instrument assurantiel que comme une grille de lecture des déséquilibres systémiques qui traversent les économies africaines contemporaines. La distribution du risque de non-paiement interentreprises qu’elle met en évidence ne reflète pas simplement des fragilités conjoncturelles, mais révèle des écarts profonds de densité institutionnelle, de crédibilité macro-financière et de résilience structurelle.
Le fait que seules quatre économies africaines, sur 12 analysées, se situent dans des zones de risque faible ou moyen, tandis que les trois principales puissances économiques du continent (l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte) enregistrent des profils de risque sensibles, consacre une dissociation désormais manifeste entre poids économique agrégé et qualité du climat transactionnel. En d’autres termes, la taille du marché ne garantit ni la fluidité des chaînes de paiement ni la prévisibilité des engagements commerciaux.
L’approche méthodologique du rapport, fondée sur l’agrégation d’indicateurs macroéconomiques, politiques et structurels, permet de capter ce que l’on pourrait qualifier de risque systémique de liquidité commerciale. Dans des économies caractérisées par une prépondérance de l’informel, une dépendance aux rentes extractives et une volatilité monétaire persistante, les tensions macro-financières se diffusent mécaniquement vers le tissu productif, générant des frictions endogènes dans les délais et la fiabilité des paiements interentreprises.
La dégradation relative des grandes économies africaines s’inscrit ainsi dans un faisceau de contraintes imbriquées. En Afrique du Sud, la rigidité budgétaire, l’ampleur des inégalités socio-économiques et la fragmentation politico-institutionnelle altèrent la lisibilité des politiques publiques et, partant, la confiance contractuelle. Au Nigeria, l’extraversion pétrolière, couplée à l’instabilité du cadre monétaire, entretient une incertitude chronique sur la liquidité domestique. L’Égypte, quant à elle, illustre une configuration d’économie sous tension macro-financière, où déséquilibres extérieurs, inflation structurelle et endettement élevé recomposent le profil de risque à court terme.
À l’inverse, les économies classées en risque moyen, telles que la Côte d’Ivoire ou l’Algérie, témoignent d’une stabilisation relative sans pour autant atteindre un seuil de robustesse institutionnelle suffisant pour neutraliser les vulnérabilités climatiques, sécuritaires ou sectorielles. Le poids de l’informel et la faible diversification productive y constituent des facteurs de transmission du risque commercial.
D’un point de vue géoéconomique, cette cartographie du risque de non-paiement redessine la hiérarchie implicite de la confiance contractuelle sur le continent. Elle suggère l’émergence d’une bipolarisation silencieuse entre, d’une part, des économies dotées d’instruments de stabilisation crédibles et, d’autre part, des systèmes de grande taille mais exposés à des vulnérabilités croisées. Dans un contexte international marqué par le durcissement des conditions financières et la fragmentation des chaînes de valeur, la capacité à sécuriser le crédit commercial devient un indicateur cardinal de souveraineté économique effective, bien davantage que la seule volumétrie des agrégats macroéconomiques. À méditer…