Désespoir

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Crise migratoire à Sebta : syndicats et organisations prennent la paroleMigrants atteignant Sebta à la nage © AFP
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A chaque nouvelle vague de départs vers Sebta, les mêmes images reviennent. Des silhouettes qui avancent dans l’obscurité, des jeunes qui défient la mer ou les clôtures, des familles suspendues entre l’espoir et la peur. Puis viennent les chiffres, les déclarations officielles, les polémiques politiques et, finalement, l’oubli. Jusqu’à la prochaine vague.

Pourtant, derrière chaque tentative d’entrée clandestine se cache une réalité bien plus complexe qu’une simple question de sécurité aux frontières. La migration irrégulière est avant tout le symptôme d’un déséquilibre profond. Aucun mur, aussi haut soit-il, n’a jamais suffi à arrêter quelqu’un convaincu que son avenir se trouve de l’autre côté.

Le Maroc a considérablement renforcé ses dispositifs de surveillance au cours des dernières années. Les forces de sécurité interviennent régulièrement pour empêcher les passages illégaux, souvent au péril de leur propre sécurité. Cette réalité mérite d’être reconnue. Car le Royaume se trouve dans une position singulière : il est à la fois pays d’origine, de transit et de destination pour de nombreux migrants venus d’Afrique subsaharienne.

Mais réduire le débat à une confrontation entre passeurs et forces de l’ordre serait une erreur. Les réseaux criminels prospèrent précisément là où le désespoir devient un marché. Ils vendent des illusions à des jeunes persuadés que quelques kilomètres les séparent d’une vie meilleure. Beaucoup y laissent leurs économies. Certains y perdent leur vie.

La responsabilité est donc partagée. Les pays d’origine doivent offrir davantage de perspectives à leur jeunesse. L’Union européenne ne peut se contenter d’une politique exclusivement sécuritaire, en externalisant la gestion de ses frontières vers ses voisins du Sud.

Quant aux États de transit, ils doivent poursuivre leur lutte contre les filières criminelles tout en veillant au respect de la dignité humaine.
Il faut également avoir le courage de regarder les causes profondes en face. Le chômage, les inégalités territoriales, le décrochage scolaire, la précarité et la puissance des réseaux sociaux qui idéalisent l’émigration alimentent un récit dangereux : celui selon lequel la réussite ne serait possible qu’ailleurs.

Ce récit nourrit les départs autant que les trafiquants.

La réponse ne sera jamais exclusivement policière. Elle doit être économique, éducative et sociale. Elle suppose aussi une coopération sincère entre les deux rives de la Méditerranée, fondée sur des intérêts communs plutôt que sur des réactions dictées par l’urgence.

Chaque migrant intercepté à Sebta représente une histoire individuelle, mais aussi un échec collectif. Celui d’un système incapable de convaincre une partie de sa jeunesse que son avenir peut s’écrire chez elle.

Tant que cette conviction ne renaîtra pas, les vagues continueront de se succéder, quels que soient les moyens déployés pour les contenir.
Les frontières peuvent ralentir les mouvements humains. Elles ne peuvent pas, à elles seules, arrêter les rêves, les peurs ou le sentiment d’absence d’avenir. C’est sur ce terrain-là que se gagnera, ou se perdra, la véritable bataille contre la migration clandestine.

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