Angola : comment une grève a viré à un affrontement meurtrier ?

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Angola : comment une grève a viré à un affrontement meurtrier ?Des policiers angolais face à des manifestants © DR

L’Angola, deuxième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, est de nouveau secoué par une flambée de violences sociales. Des manifestations massives ont éclaté à travers le pays suite à la hausse des prix des carburants. Selon les autorités, elles ont causé la mort d’au moins 22 personnes, dont un policier, et fait 197 blessés. Plus de 1.200 personnes ont été arrêtées en deux jours et les dégâts matériels sont considérables. Explications.

Dès le lundi 28 juillet, les premières tensions éclatent à Luanda, la capitale, puis se propagent rapidement à d’autres grandes villes comme Huambo et Benguela. Ce qui devait être une grève encadrée s’est transformé en soulèvement populaire. Des affrontements violents ont opposé manifestants et forces de l’ordre, avec usage de gaz lacrymogènes, de balles en caoutchouc et, dans certains cas, de tirs à balles réelles. Plusieurs supermarchés, entrepôts et commerces ont été pillés, causant des dégâts dans au moins 66 magasins.

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Des scènes de chaos ont été observées dans les rues : coups de feu, barricades, pleurs de familles près de corps inertes, files d’attente devant les stations-service et commerces fermés. Des témoignages poignants ont été recueillis par la télévision locale Nzinga, où des habitants expriment leur désespoir face à une vie devenue insoutenable. « Pourquoi nous faites-vous souffrir ainsi ? », interroge une femme en larmes, appelant le président João Lourenço à réagir.

Une crise économique aux racines profondes

Au cœur de la colère : l’inflation galopante, la pauvreté généralisée et un taux de chômage des jeunes frôlant les 30%. En juin, l’inflation a atteint près de 20%, aggravant encore le coût de la vie. Pour de nombreux Angolais, les hausses des prix du carburant se répercutent immédiatement sur ceux des denrées alimentaires, du transport et des services de base.

L’ironie de la situation n’échappe à personne : bien que riche en pétrole, l’Angola reste l’un des pays les plus pauvres du continent. Depuis l’indépendance obtenue du Portugal en 1975, le pays est dirigé par le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA). Cependant, les inégalités sociales n’ont cessé de se creuser, et les vastes revenus pétroliers n’ont profité qu’à une minorité. La jeunesse, en particulier, se sent abandonnée.

Angola : la capacité de remboursement du pays est «adéquate» (FMI)

La suppression progressive des subventions sur les carburants, lancée en 2023, s’inscrit dans le cadre d’un programme de réformes soutenu par le Fonds monétaire international (FMI). Si cette mesure vise à rationaliser les dépenses publiques et à attirer les investissements, elle entraîne des conséquences sociales directes, notamment dans les pays où l’État joue un rôle central dans le soutien aux plus vulnérables.

Une réponse sécuritaire critiquée

Face à cette flambée de colère, le gouvernement angolais a opté pour une réponse sécuritaire. Le porte-parole de la police, le sous-commissaire Mateus Rodrigues, a qualifié les événements « non pas de manifestations, mais d’actes de vandalisme et d’attaques contre les forces de l’ordre ». Il a affirmé que la situation est désormais « sous contrôle », même si la tension restait palpable dans plusieurs zones de la capitale.

Des ONG et organisations de la société civile, comme Human Rights Watch, ont dénoncé un usage excessif de la force. Des groupes locaux ont également condamné l’arrestation d’Osvaldo Sergio Correia Caholo, l’un des organisateurs des mobilisations, dénonçant la répression des libertés fondamentales. Le collectif Uyele, dans un communiqué, estime que cette crise est « le symptôme grave de l’épuisement social d’une jeunesse sans alternatives ».

João Lourenço fait face à un dilemme

Les événements en Angola rappellent ceux survenus dans d’autres pays africains confrontés à des politiques similaires de retrait des subventions, comme au Nigeria, au Soudan ou encore au Ghana. Si ces réformes économiques répondent à des logiques budgétaires, elles entraînent souvent un coût social immédiat que les gouvernements peinent à amortir.

Le défi est désormais double : rétablir le calme sans aggraver les tensions, tout en réinstaurant la confiance d’une population qui demande plus que des promesses, elle réclame des actes concrets. Dans ce contexte, le président João Lourenço fait face à un choix crucial : poursuivre les réformes à tout prix ou entamer un dialogue social inclusif pour éviter que la colère ne se transforme en soulèvement durable.

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