Soudan : les frappes de drones se multiplient contre les civils
Les frappes de drones se multiplient au Soudan, faisant de nombreuses victimes civiles et touchant désormais des zones éloignées des lignes de front, a alerté mardi l’ONU. En quelques jours, au moins douze enfants ont été tués dans différentes attaques, tandis qu’une frappe particulièrement meurtrière aurait fait plus de 150 morts dans la région disputée d’Abyei.
Samedi 17 octobre, neuf enfants âgés de 5 à 10 ans ont péri lors d’une attaque contre un camp de déplacés à l’est de Sanakit, dans le Kordofan occidental. Deux jours plus tard, une frappe de drone visant un quartier résidentiel de Khartoum a tué trois autres enfants, âgés de 2 à 6 ans, ainsi que leur père, selon l’ONU.
« Les familles soudanaises font tout leur possible pour protéger leurs enfants, que ce soit en fuyant ou en rentrant chez elles. Ni l’un ni l’autre ne les protège », a déclaré Angela Kearney, représentante de l’UNICEF au Soudan.
L’attaque la plus meurtrière rapportée ces derniers jours s’est produite lundi sur le marché d’Amiet, dans la région pétrolifère d’Abyei, disputée entre le Soudan et le Soudan du Sud. Les autorités locales font état d’au moins 153 morts après une frappe qui a également provoqué l’incendie d’un dépôt de carburant. Le bilan pourrait encore évoluer, les secours peinant à récupérer les corps dans les décombres.
L’armée soudanaise a été accusée d’être à l’origine de cette attaque. Un officier soudanais aurait toutefois confirmé qu’une frappe avait visé des camions-citernes soupçonnés d’être destinés aux Forces de soutien rapide (FSR), tout en contestant que des civils aient été pris pour cible.
La veille, une autre frappe avait touché un marché à Al-Dibab, dans le Kordofan occidental. Au moins 80 personnes auraient été tuées, selon des informations rapportées par la presse, l’attaque étant attribuée à l’armée par l’administration locale contrôlée par les FSR.
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Une guerre qui s’étend au-delà des fronts
Les bombardements ont également touché Nyala, capitale du Darfour du Sud contrôlée par les FSR, ainsi que des infrastructures électriques. À Khartoum, les FSR sont accusées d’avoir lancé les drones responsables de la mort des trois enfants. Mardi, une frappe a en outre endommagé la principale centrale électrique de Tendalti, dans l’État du Nil Blanc.
« Nous restons alarmés par les attaques incessantes de drones à travers le Soudan », a déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU, dénonçant également les dégâts causés aux infrastructures essentielles.
Le recours croissant aux drones traduit l’évolution du conflit opposant l’armée soudanaise aux FSR depuis avril 2023. Les deux camps ont développé leurs capacités aériennes, permettant des frappes à longue distance et au-delà des zones de combat terrestres.
Cette escalade intervient alors que quelque 20 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë au Soudan, avec un risque de famine particulièrement élevé au Darfour et au Kordofan. Le plan de réponse humanitaire de l’ONU n’est, pour sa part, financé qu’à un peu plus de 43%.
À Genève, de nouvelles consultations diplomatiques doivent se tenir mercredi autour de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Soudan, Pekka Haavisto. Ces efforts interviennent alors que les combats et les frappes continuent de rapprocher la guerre des populations civiles.