Tunisie : Kaïs Saïed marque la fête de l’Evacuation à Bizerte
En Tunisie, le président Kaïs Saïed a présidé jeudi 15 octobre à Bizerte la cérémonie du 63e anniversaire de la fête de l’Evacuation, commémoration nationale liée au départ des dernières forces françaises du pays en 1963. La cérémonie s’est tenue au Carré des martyrs, en présence de responsables civils et militaires, ainsi que d’anciens militants et combattants de la région.
Après le salut au drapeau et la revue d’un détachement des trois armées, le chef de l’État a déposé une gerbe de fleurs au pied du mémorial et récité la Fatiha en hommage aux martyrs de la patrie. Il s’est ensuite rendu au centre-ville de Bizerte, où il a échangé avec des habitants sur leurs préoccupations quotidiennes et sur les attentes liées au développement local.
A Bizerte, la fête de l’Evacuation entre mémoire nationale et attentes sociales
Le programme officiel a également conduit le président tunisien devant les monuments dédiés à Mohamed Béjaoui et Hédi Ouali, deux figures associées au mouvement de libération nationale. La présence du ministre de la Défense nationale, du gouverneur de Bizerte, de hauts officiers et de cadres sécuritaires a souligné la portée institutionnelle de cette date, qui demeure l’un des repères majeurs du récit national tunisien depuis l’indépendance.
La fête de l’Evacuation renvoie à la récupération, le 15 octobre 1963, de la base de Bizerte, dernier site militaire français en territoire tunisien. Cet épisode a suivi la crise de Bizerte de 1961, affrontement majeur entre la Tunisie nouvellement indépendante et la France, dans un contexte de redéfinition des souverainetés sur le continent. En Afrique du Nord comme dans d’autres régions africaines, ces commémorations rappellent le poids des luttes de libération dans la construction des États modernes, un héritage régulièrement mis en avant par l’Union africaine lorsqu’elle évoque la mémoire anticoloniale et l’affirmation de l’autodétermination.
Le déplacement de Kaïs Saïed à Bizerte a aussi pris une dimension de proximité politique. En rencontrant directement des citoyens au carrefour de l’Horloge, sur l’avenue Habib Bourguiba, le président a associé l’hommage aux martyrs à l’écoute des revendications locales, notamment en matière de conditions de vie et de développement régional.
Cette articulation entre mémoire historique et demandes sociales est récurrente en Tunisie, où les cérémonies nationales servent également de cadre à l’expression d’attentes économiques et territoriales. Dans un pays confronté à des défis persistants en matière d’emploi, d’investissement et d’équilibre entre littoral et intérieur, la symbolique de Bizerte dépasse donc la seule commémoration et renvoie plus largement à la question de la consolidation de la souveraineté par les politiques publiques.