Poudrière

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PoudrièreDes soldats du gouvernement éthiopien entrent dans Mekele, la capitale du Tigré, le 2 juillet 2021 © Finbarr O'Reilly / NYT-Redux-REA
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Dans la Corne de l’Afrique, la paix a toujours eu cet air d’invité qui débarque en retard et s’en va avant le dessert.

L’Ethiopie commençait à peine à digérer la guerre du Tigré que les vieux démons sont revenus frapper à la porte. Des combats ont repris dans l’ouest de la région. Les accusations volent. Les militaires se rapprochent. Les frontières deviennent nerveuses. Et, comme toujours ici, chacun jure être la victime pendant que les armes racontent une tout autre histoire. Le pire, c’est que presque personne ne semble avoir retenu la leçon de la dernière guerre.

Le conflit du Tigré a laissé des morts, des déplacés, des villes en ruine et des gens traumatisés. L’accord de Pretoria avait fait taire les armes, oui. Mais il n’avait pas transformé les ennemis d’hier en voisins raisonnables. Il avait juste repoussé l’explosion. Et voilà que la mèche recommence à brûler. Cette fois, l’Erythrée est dans toutes les conversations. Asmara et Addis-Abeba traînent une histoire assez lourde pour qu’un simple mouvement de troupes puisse être pris pour une déclaration de guerre.

Dans la Corne, on ne regarde jamais seulement ce que fait le voisin. On guette aussi ce qu’il pourrait faire demain. C’est là que ça devient vraiment dangereux. Parce que derrière le Tigré se cache une question bien plus large, celle de la puissance éthiopienne et de son obsession pour la mer. L’Ethiopie est l’un des plus grands pays enclavés du monde. Elle a besoin de la mer Rouge comme d’oxygène. Son accès maritime n’est pas un caprice diplomatique. C’est une question stratégique, économique, et presque existentielle à force.

En face, l’Erythrée possède exactement ce qui manque à l’Éthiopie : une façade maritime et des ports. Ce que l’une voit comme une nécessité vitale, l’autre peut très vite le lire comme une menace. Voilà pourquoi cette région reste une poudrière. Et pendant que les dirigeants font leurs calculs, ce sont les populations qui connaissent déjà la facture. Ce sont toujours elles qui paient. Le plus absurde serait de croire qu’une nouvelle guerre pourrait rester propre, rapide et limitée. Autour, les crises s’empilent : Soudan à l’ouest, tensions en Somalie, rivalités sur la mer Rouge, compétition entre puissances régionales et internationales.

Il ne manque vraiment plus qu’une étincelle.

Et l’Afrique en a déjà trop vu. Ce qui devrait inquiéter Addis-Abeba, Asmara et les autres capitales, ce n’est pas seulement le risque d’une nouvelle guerre éthiopienne. C’est le danger de voir un conflit local devenir une crise régionale, puis un terrain de jeu pour des puissances qui, elles, ne verseront jamais leur sang sur les collines du Tigré.

Les grandes puissances ont une drôle de passion pour les guerres africaines : elles les regardent de loin, les financent parfois de près, et s’en vont toujours avant d’avoir à reconstruire les ruines. L’Ethiopie et l’Erythrée devraient pourtant se souvenir d’une chose toute simple : on peut gagner une bataille et perdre une génération.

La Corne n’a pas besoin d’un héros militaire de plus. Elle a besoin de dirigeants assez lucides pour comprendre que la vraie force, parfois, c’est de ne pas appuyer sur la gâchette. Mais dans cette région, la paix a toujours eu un problème : elle rapporte moins politiquement que la guerre. Et c’est exactement pour ça qu’il faut la défendre maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

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