Géopolitique de l’Afrique : comment le continent reconquiert son récit stratégique ?

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Couverture du Rapport annuel sur la Géopolitique de l’Afrique 2026 par le Policy Center for the New South (PCNS)Couverture du Rapport annuel sur la Géopolitique de l’Afrique 2026 par le Policy Center for the New South (PCNS) © DR
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Dix ans après sa première édition, le Rapport annuel sur la Géopolitique de l’Afrique (RAGA) 2026 dresse un constat sans appel : le continent n’est plus une périphérie passive. Sous la direction de Abdelhak Bassou, 27 experts de 16 nationalités africaines analysent comment l’Afrique s’inscrit au cœur des recompositions mondiales. Rivalités, conflictualités, corridors et quête de nouveaux paradigmes de gouvernance.

Alors que le système international devient « plus fragmenté, plus conflictuel et plus transactionnel », l’Afrique subit une transformation tout aussi profonde de ses propres environnements. C’est cette double dynamique qu’analyse l’édition 2026 du Rapport annuel sur la Géopolitique de l’Afrique (RAGA), publié par le Policy center for the new south (PCNS).

Dirigé par Abdelhak Bassou, ce dixième volume, entend offrir « une lecture structurée de la manière dont le continent s’inscrit désormais au cœur des recompositions contemporaines de la puissance ».

Les responsables du rapport soulignent que « l’Afrique de 2026 n’est plus celle de 2017 ». La décennie écoulée a vu s’accélérer des dynamiques que les premières éditions n’avaient fait qu’anticiper : la recomposition des rapports de puissance à l’échelle mondiale, la multiplication des foyers de conflictualité interne, l’irruption des technologies dans les espaces de guerre et de gouvernance, ainsi que « la contestation ouverte des architectures de sécurité héritées de la période post-coloniale ».

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Rivalités de puissance et marges de manœuvre africaines

L’édition 2026 du RAGA s’organise autour de quatre grandes lignes. La première ligne de force concerne les rivalités entre grandes puissances et leur impact sur la capacité d’action des États africains. Le rapport examine les nouveaux équilibres diplomatiques du continent « de la nouvelle ruée vers l’Afrique australe à la recomposition des relations entre l’Union européenne et l’Union africaine, en passant par la montée en puissance des acteurs non-occidentaux ».

Les auteurs cherchent à comprendre dans quelles conditions les pays africains tentent « d’équilibrer souveraineté et survie face aux pressions croisées des grandes puissances ».

Un enjeu particulier est celui des infrastructures critiques et de l’intelligence artificielle. Une contribution, qualifiée de « plus prospective » du volume, analyse « la profondeur de cette dépendance structurelle et les voies possibles d’une souveraineté exécutable à l’horizon 2036 ».

La deuxième ligne porte sur les transformations des conflits armés sous l’effet des outils numériques et aériens. Le rapport cite des terrains précis : « Le Sahel, le Soudan, la région des Grands Lacs, le Bénin, autant de terrains où se jouent, dans leurs formes les plus concrètes, les transformations doctrinales et opérationnelles induites par la « dronisation », les cybermenaces et la numérisation des affrontements. »

Le cas du Soudan, en guerre civile depuis avril 2023 entre l’armée régulière (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), fait l’objet d’une contribution particulièrement dense. Les auteurs y montrent comment l’imbrication des rivalités locales, des interventions extérieures (Égypte, Émirats arabes unis, Russie via Wagner puis le Corps africain) et de l’utilisation de drones et de cyber-opérations a transformé un conflit politique classique en une guerre de longue durée aux ramifications régionales dévastatrices.

La troisième ligne s’intéresse aux espaces géographiques où s’exercent les compétitions d’influence. Le rappel méthodologique est ferme : « L’Afrique n’est pas une masse continentale close sur elle-même : elle est bordée par des façades maritimes dont la valeur stratégique croît à mesure que les compétitions géoéconomiques s’intensifient ».

Plusieurs zones sont nommément citées comme objets d’analyse : « Le canal du Mozambique, les voies de l’océan Indien, les corridors terrestres sahéliens, la Mauritanie comme pivot atlantique, l’Éthiopie aux prises avec les contraintes de l’enclavement ». Selon le rapport, ces espaces sont « analysés non comme des abstractions géographiques, mais comme des arènes où se nouent des rapports de force concrets, où la souveraineté est fragile et contestée, où les acteurs extérieurs projettent leur influence avec une continuité que les transitions politiques locales ne parviennent pas toujours à endiguer ».

La quatrième ligne de force interroge les cadres conceptuels eux-mêmes : « comment penser la paix, la sécurité, le développement, la participation politique et la gouvernance depuis une perspective africaine autonome ? »

Plusieurs contributions du volume s’attellent explicitement à cette tâche. Qu’il s’agisse de « repenser les narratifs sur la jeunesse politique au Kenya, d’articuler sécurité et développement dans un paradigme endogène, ou d’interroger les fondements du souverainisme dans les dynamiques politiques ouest-africaines ».

Ces textes, précise le rapport, « participent d’un effort collectif de décolonisation épistémique, non pas comme posture rhétorique, mais comme programme intellectuel rigoureux, ancré dans des données empiriques et des cadres analytiques renouvelés ».

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Une approche systémique d’un continent interconnecté

Le rapport affirme que « des Grands Lacs à la Corne de l’Afrique, du Sahel aux façades maritimes de l’océan Indien, de l’Afrique centrale aux périphéries sahariennes, ce volume couvre un spectre rarement atteint dans un seul ouvrage collectif ».

Cette couverture géographique n’est pas un souci d’exhaustivité encyclopédique. Elle répond à une nécessité analytique : « les dynamiques étudiées sont structurellement interconnectées ». Les auteurs prennent trois exemples : « L’instabilité au Mali pèse sur le Bénin ; les rivalités dans la Corne de l’Afrique ont des répercussions dans l’ensemble de la région des Grands Lacs ; la dronisation du Sahel préfigure des transformations tactiques qui dépassent largement ce seul théâtre. »

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