L’Afrique, sevrée
23% en un an. C’est la chute de l’aide publique au développement versée à l’Afrique en 2025. Ce chiffre émane de l’OCDE. Il est froid, définitif mais personne n’a vraiment crié. Les capitales africaines ont pris note, ont publié des communiqués de bonne tenue, ont envoyé leurs délégués aux assemblées annuelles de la BAD à Brazzaville fin mai.
Ils ont tous dit les mots qu’il fallait dire. Souveraineté financière, mobilisation des ressources domestiques, architecture financière africaine… Le consensus d’Abidjan, signé en avril, a même eu droit à sa couverture dans Le Monde. Pendant ce temps, les chiffres ne font pas de diplomatie. L’Afrique devra rembourser 90 milliards de dollars de dette extérieure cette année. Dix pays sont déjà en situation de surendettement. Le déficit annuel de financement du développement : 1.300 milliards de dollars.
Posez ce chiffre. Regardez-le. Et maintenant : l’OCDE anticipe une nouvelle baisse de l’APD de 5,8% en 2026. Après moins 23% l’année d’avant. Ce n’est pas un ajustement. C’est une fermeture.
Le modèle qui a structuré les relations entre l’Occident et l’Afrique depuis les indépendances (le robinet de l’aide contre la bonne tenue institutionnelle) se ferme, pas progressivement. Le retrait américain, les tensions géopolitiques, la fatigue budgétaire européenne ont réglé la question. L’Afrique n’est plus urgente dans leurs calculs.
Ce qui est tragiquement ironique, c’est que le continent perd déjà 90 milliards de dollars par an. Evasion fiscale, transferts de profits des multinationales, fraude, etc. Ce montant dépasse ce que l’Afrique reçoit au titre de l’aide. L’argent est là mais il part ailleurs.
Récupérer quoi, dans quel cadre juridique, face à qui ? Les réponses existent sur le papier. Réforme fiscale à l’ONU plutôt qu’à l’OCDE, dont les règles ont été écrites sans l’Afrique, intégration régionale, marchés de capitaux locaux. La BAD estime que le continent pourrait mobiliser jusqu’à 1.430 milliards de dollars supplémentaires par an.
Potentiel. Pas réalité.
La réalité : 4,4% de croissance en 2025. C’est l’une des meilleures performances mondiales. Mais cette croissance n’absorbe pas le chômage. Elle ne transforme pas les structures. Il faudrait 7% minimum, des années de suite, pour que quelque chose change en profondeur.
7% avec moins de financements, dans un monde fragmenté, pendant que le service de la dette mange les budgets. L’équation ne tient pas.
Ce que personne ne formule clairement : la souveraineté financière ne se décrète pas en un sommet. Elle se construit sur des décennies