Drôle de trésorier

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Drôle de trésorierLe capitaine Ibrahima Traoré © DR
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C’est un sale temps que traversent actuellement les entreprises dans les pays du Sahel. Qu’elles soient détenues par des investisseurs locaux ou des groupes étrangers, aucun secteur n’est épargné. Mines, commerce, import-export, banques, les juntes au pouvoir au Mali, au Niger et au Burkina Faso, multiplient des mesures arbitraires pour contraindre tout le monde au garde-à-vous. La dernière en date, prise par la junte burkinabè, dépasse tout ce que l’on pouvait imaginer jusqu’à présent. Elle va bien au-delà du racket fiscal ou de la saisie d’une partie de la production de ces entreprises.

Il y a quelques jours, le capitaine Ibrahima Traoré, chef de la junte de Ouagadougou, a sommé les banques (dont les filiales de groupes bancaires marocains), de lui rendre immédiatement 25% des dépôts à terme placés par les entreprises publiques. A celles qui ne s’exécutent pas ou qui, par malheur, « traînaient les pieds », il a menacé d’utiliser la force pour les y contraindre. « Nous passerons à la vitesse supérieure », avait-il lancé à des responsables locaux lors d’un déplacement à l’intérieur du pays. Son ministre des Finances a dû s’arracher les cheveux.

Ce qu’oublie le capitaine-président, transformé en trésorier en chef de son pays, c’est qu’une grosse part des placements des entreprises publiques sert de garantie aux emprunts qu’elles souscrivent auprès des banques. Que demain, la prime de risque appliquée aux entreprises et à l’État burkinabé s’envole, le chef de la junte n’en a cure. Tout comme il se fiche de l’effet dévastateur de sa décision sur le climat des affaires. Contrairement à ce qu’il pense, ce genre de décision effraie d’abord les opérateurs économiques burkinabè et peut compromettre la reconstruction du pays. Elle n’a rien d’une quelconque souveraineté dont se réclament les juntes du Sahel.

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