Bureaux d'ONG en flammes, policiers qui dispersent des réunions citoyennes à coups de matraque, journalistes en détention préventive pour avoir interviewé le mauvais interlocuteur… Le Zimbabwe rejoue, presque à l'identique, une pièce dont il connaît déjà le dernier acte. Sauf que cette fois, le tyran porte un autre nom et, détail amusant, il avait promis que ça ne recommencerait pas. Emmerson Mnangagwa veut rester au pouvoir jusqu'en 2030, deux ans de plus que ce qu'autorise la Constitution. Son parti, le ZANU-PF, a fait passer en février dernier un amendement constitutionnel qui prolongerait son mandat et celui du parlement de cinq à sept ans. Pour légitimer l'illégitime, ses juristes ont sorti l'argument qu'on réserve d'ordinaire aux régimes en fin de course : l'extension ne serait pas une extension. Le calendrier électoral serait simplement ajusté. On appelle ça de la sémantique. D'autres appelleraient ça autrement. Robert Mugabe procédait différemment. Enfin, pas tant que ça. Lui aussi avait compris que la Constitution n'est qu'un texte, et qu'un texte se réécrit. Pendant quatre décennies, il avait fait du ZANU-PF non pas un parti mais un appareil d'État, indistinct de l'armée, de la police, du parquet. Mnangagwa a appris à cette école. Il en fut longtemps l'élève le plus assidu, le plus patient. Le surnom "le crocodile" ne lui a pas été donné par hasard. C'est une bête qui attend, immobile, et qu'on oublie de surveiller. En 2025, il a signé une loi autorisant le gouvernement à destituer et dépouiller de leurs actifs toute ONG jugée "politiquement partisane". Toute voix dissidente est désormais passible de liquidation administrative. C'est Mugabe, version numérique. Même logique, interface modernisée. La chute du vieux despote en novembre 2017 avait été présentée comme une libération. Les images avaient fait le tour du monde, les Zimbabwéens dans les rues, souriants, presque incrédules. L'armée qui renversait Mugabe promettait une transition, une respiration. Mnangagwa lui-même avait accédé au pouvoir avec des promesses d'emplois, de démocratie, d'ouverture. Huit ans plus tard, le taux de pauvreté extrême dépasse 42%, les tanks roulent à nouveau dès que quelqu'un ose appeler à manifester, et SUV 4x4 sont distribués aux chefs de province pour acheter ce qui reste de loyauté dans un pays que ses propres habitants quittent par millions. Ce qui est troublant, au fond, ce n'est pas que Mnangagwa ressemble à Mugabe. C'est qu'il le sait. Et que ça ne le dérange pas. Au sein du ZANU-PF, la faction du vice-président Chiwenga se positionne déjà. On murmure, on calcule, on attend le bon moment. Mnangagwa a peut-être oublié qu'il nage dans un marigot plein de crocodiles.La Rédaction |