Transparence budgétaire

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Transparence budgétaireLe Fiscal transparency report de 2026 © DR
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Washington observe. Washington classe. Washington décide qui, parmi les peuples, aura accès à ses dollars. Le département d’Etat américain a publié son « Fiscal Transparency Report » 2026 concernant 140 pays. 12 mois d’observation, du 1ᵉʳ janvier au 31 décembre 2025. Ambassades, agences américaines, organisations internationales, société civile : des voix nombreuses ont été écoutées.

Pour l’Afrique, le verdict est sec : 16 gouvernements respectent les exigences minimales. Neuf progressent de façon significative. 27 autres avancent trop lentement, ou stagnent.

Le Maroc figure parmi les 16. Aux côtés du Bénin, du Botswana, du Burkina Faso, du Cap-Vert, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Kenya, de la Mauritanie, de Maurice, de la Namibie, du Rwanda, des Seychelles, de l’Afrique du Sud, de la Tunisie et de l’Ouganda. 16 pays sur 54. Derrière ce chiffre, il y a des millions de vies.

Ce que Washington examine, précisément : est-ce que les citoyens peuvent consulter les documents budgétaires ? Est-ce que la dette souveraine est visible, ou cachée ? Est-ce que les marchés publics laissent une trace ? Est-ce que les contrats miniers et pétroliers sont publiés, ou enterrés dans un tiroir ? Les dépenses sont-elles ventilées par ministère ? Les recettes par source ? Rien de plus. Rien de moins.

Le département d’Etat précise, presque en s’excusant, que ce n’est pas un classement de vertu. Juste une évaluation d’éligibilité à l’aide américaine. Nuance de diplomate. Dans la réalité, ce document sera lu comme un bulletin. 16 pays où l’État accepte de rendre des comptes un peu plus visibles. Neuf où l’on tente d’ouvrir un peu la porte. 27 où la porte reste lourde à pousser. Un cabinet de la dette qui fait moins de bruit à Rabat qu’à Alger, à Kigali qu’à Kinshasa.

Un chiffre qui circule d’abord dans les couloirs feutrés des bailleurs, avant d’atteindre ceux qui en subissent les conséquences. Parce que la transparence budgétaire n’est pas une abstraction. Quand les chiffres restent opaques, ce sont les écoles qui manquent de manuels, les hôpitaux qui manquent de médicaments, les routes qui restent des pistes. C’est la mère qui attend un traitement, l’enseignant qui enseigne à cinquante élèves dans une salle trop petite, le jeune qui cherche un emploi dans un pays dont il ignore comment les ressources sont réellement utilisées…

Les gouvernements courent après les mêmes financements, les mêmes marchés obligataires, les mêmes bailleurs. Et ces bailleurs, eux aussi, regardent ce rapport avant de signer. La transparence selon Washington n’a rien d’un geste philanthropique. C’est un outil de conditionnalité. Le contribuable américain veut savoir où va son argent. Mais le sous-texte ne trompe personne : ce rapport dessine une carte. Qui accepte de rendre des comptes. Qui préfère les garder derrière des portes closes. Qui laisse voir sa dette. Qui la verrouille.

Le Maroc coche les cases. C’est une bonne nouvelle pour ceux qui y vivent, à condition que cette transparence serve d’abord les citoyens, et pas seulement les investisseurs. 27 pays africains restent, eux, dans la zone grise. Ni sanctionnés. Ni félicités. Juste notés « trop lents ». Derrière ce jugement administratif, il y a des peuples qui continuent d’attendre que l’argent public leur soit rendu visible, compréhensible, discutable.

Le rapport sera mis à jour l’année prochaine. Les critères aussi, dit le département d’Etat. D’ici là, les gouvernements compteront leurs points. Et les peuples, eux, continueront de compter ce qui leur manque vraiment : des écoles, des soins, de la dignité, et le droit simple de savoir.

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