Royaume-Uni–Nigeria : une relation renforcée sous le signe de la diplomatie et de l’histoire
Le roi Charles III a salué mercredi les relations « fructueuses » entre le Royaume-Uni et le Nigeria, tout en reconnaissant les « traces douloureuses » laissées par l’histoire coloniale britannique, à l’occasion du banquet d’État offert au château de Windsor en l’honneur du président nigérian Bola Tinubu.
Cette visite d’État, la première d’un chef d’État nigérian en près de quarante ans, a été marquée par un cérémonial d’exception. Le président Tinubu et son épouse ont été accueillis avec tous les honneurs par le souverain et la reine Camilla, dans une mise en scène royale ponctuée de salves de canon, d’une procession en calèche, et d’une revue des troupes à Windsor, à l’ouest de Londres.
Déjà reçu à plusieurs reprises au Royaume-Uni depuis son arrivée au pouvoir en 2023, Bola Tinubu n’avait encore jamais effectué de visite d’État, un format diplomatique réservé aux relations bilatérales de haut niveau et accompagné d’un protocole particulièrement solennel. Le point d’orgue de cette première journée a été le banquet donné au château de Windsor.
Dans son discours, le roi Charles III a insisté sur le caractère étroit du lien entre les deux pays, décrivant la relation britannico-nigériane comme un « partenariat entre égaux » ayant apporté « d’immenses avantages » aux deux nations. Il a également évoqué le « pont vivant de plus d’un demi-million de personnes » reliant le Royaume-Uni et le Nigeria, en référence aux citoyens liés aux deux pays par des attaches personnelles, familiales ou professionnelles.
Le souverain britannique a aussi choisi de ne pas éluder le passé. Évoquant l’héritage colonial, il a reconnu « des chapitres de notre histoire commune qui, je le sais, ont laissé des traces douloureuses », dans un passage manifestement destiné à souligner la volonté de Londres d’entretenir une relation moderne sans ignorer les blessures historiques.
Parmi les invités figuraient plusieurs personnalités britanniques d’origine nigériane, notamment le joueur de rugby Maro Itoje et la championne olympique d’athlétisme Christine Ohuruogu. Le Premier ministre britannique Keir Starmer ainsi que la cheffe de l’opposition conservatrice, Kemi Badenoch, elle-même d’origine nigériane, étaient également présents. Cette dernière a cependant souvent exprimé des critiques sur le pays où elle a grandi, notamment sur les questions de corruption et de violence.
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Une coopération dense
Au-delà du protocole royal, la visite doit ouvrir jeudi une séquence plus politique. Bola Tinubu doit s’entretenir avec Keir Starmer, dans un contexte où Londres et Abuja cherchent à consolider une coopération déjà dense en matière de commerce, d’aide au développement et de défense. Les deux pays ont conclu en novembre 2024 un partenariat stratégique destiné à renforcer leurs liens économiques, migratoires et sécuritaires.
La visite intervient toutefois dans un climat sécuritaire particulièrement tendu au Nigeria. Lundi, des explosions coordonnées imputées à des attentats-suicides ont fait au moins 23 morts et plus d’une centaine de blessés à Maiduguri, grande ville du nord-est du pays. Le Nigeria reste confronté depuis 2009 à une insurrection terroriste qui continue d’endeuiller plusieurs régions.
Dans ce contexte, le président américain Donald Trump a récemment dénoncé un prétendu « génocide » visant les chrétiens au Nigeria, accusant les autorités de laisser faire. Abuja a rejeté ces accusations, jugées infondées par le gouvernement nigérian et par des analystes, qui rappellent que les victimes des violences sont issues de toutes les confessions.
Autre moment remarqué de la visite : la Première dame nigériane, pasteure chrétienne, doit prêcher jeudi au palais de Lambeth, siège de l’Église anglicane d’Angleterre. Cette séquence intervient alors qu’un mouvement anglican conservateur, réuni récemment à Abuja, conteste l’autorité de Sarah Mullally, première femme nommée archevêque de Canterbury et plus haute responsable religieuse de l’Église d’Angleterre.
Bola Tinubu avait déjà été reçu par Charles III en septembre 2024. Le souverain britannique s’est, lui, rendu à quatre reprises au Nigeria lorsqu’il était prince de Galles, signe de liens personnels et diplomatiques anciens que cette visite d’État entend remettre au centre de la relation bilatérale.