Mali : un Français et plusieurs militaires arrêtés pour tentative de déstabilisation

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Mali : un ressortissant français arrêté et de plusieurs militaires pour tentative de déstabilisationLe général Assimi Goita, Président du Comité National pour le Salut du Peuple au Mali, lors de son allucation à la nation pour le nouvel an 2024 © DR
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Les autorités maliennes de la transition ont annoncé, jeudi 14 août, l’arrestation d’un ressortissant français et d’au moins cinquante-cinq militaires maliens, soupçonnés de préparer une tentative de déstabilisation avec le soutien présumé d’États étrangers. Parmi eux figurent deux généraux et plusieurs officiers de haut rang. Les enquêtes judiciaires se poursuivent afin d’identifier d’éventuels complices et de sécuriser les institutions. Détails.

Les autorités maliennes ont rompu le silence pour apporter des précisions après une série d’arrestations de hauts gradés de l’armée. Le gouvernement de transition a confirmé, ce jeudi 14 août lors du journal télévisé de l’ORTM, l’arrestation d’un ressortissant français et d’un groupe important de militaires maliens, soupçonnés de préparer une tentative de déstabilisation avec le soutien présumé d’acteurs étrangers. Selon le communiqué officiel, l’opération, menée le 1er août par les services spécialisés, a permis de « mettre en échec » ce projet visant à « déstabiliser les institutions de la République ».

Parmi les personnes interpellées figure Yann Christian Bernard Vezilier, ressortissant français et officier mécanicien de l’air. Entré à l’École militaire de l’air en 1998, il a été successivement promu sous-lieutenant (2001), lieutenant (2003), capitaine (2009), commandant (2015) et lieutenant-colonel (2016). En 2020, il a été décoré chevalier de l’Ordre national du Mérite après vingt-sept années de service. Les autorités maliennes l’accusent d’agir pour le compte du renseignement français.

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Le général de brigade Abass Dembélé, ancien gouverneur de Mopti (2020-2025) et fils du colonel Koké Dembélé, a également été arrêté. Blessé à Konna en 2012, il a dirigé plusieurs missions militaires à Tombouctou et à l’École d’état-major de Koulikoro. La générale de brigade Néma Sagara, première femme à atteindre ce grade dans l’Armée de l’air malienne, a elle aussi été interpellée. Formée au Mali, en France et aux États-Unis, elle a participé à des missions internationales au Libéria et en Côte d’Ivoire et dirigeait depuis 2017 le Secrétariat permanent de lutte contre la prolifération des armes légères.

Le communiqué du gouvernement mentionne également plusieurs lieutenants-colonels, capitaines et sous-officiers : Baba Dembélé, Saybou Keïta, Mamadou « Tiekoro » Diarra, Tagalo Diop, Mohamed Ouattara, Amadou Bouba Coulibaly, Boucary Karacodjo et Yacouba Kodio. Selon des sources sécuritaires, au moins cinquante-cinq militaires ont été arrêtés, principalement au sein de la garde nationale, un corps de l’armée malienne rattaché au ministre de la Défense, le général Sadio Camara.

Soupçons de complicité étrangère et contexte politique

Le gouvernement malien accuse ces militaires et certains civils d’avoir bénéficié de « l’aide d’États étrangers » pour déstabiliser le pays. Les enquêtes judiciaires se poursuivent afin d’identifier d’éventuels complices. Cette annonce intervient alors que le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, avait déjà mis en garde, en janvier dernier, contre des complots extérieurs visant le Mali et la Confédération des États du Sahel (AES).

Parallèlement, l’ancien premier ministre civil, Choguel Kokalla Maïga, et plusieurs de ses anciens collaborateurs ont été placés en garde à vue par le pôle économique et financier dans le cadre d’enquêtes sur leur gestion à la primature. Nommé premier ministre en 2021, Choguel Kokalla Maïga avait été limogé fin 2024 après avoir critiqué le régime militaire et son maintien au pouvoir. Aucun lien n’a été établi entre son arrestation et celle des militaires accusés de complot.

Une crise sécuritaire et économique persistante

Depuis 2012, le Mali fait face à une crise sécuritaire majeure, exacerbée par les violences de groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à Daech, ainsi que par des groupes criminels communautaires. À cela s’ajoute une profonde crise économique. Le pouvoir, dirigé par Assimi Goïta, a imposé des restrictions sévères aux libertés et s’est politiquement éloigné des partenaires occidentaux, notamment la France, pour se rapprocher de la Russie. Les mercenaires russes d’Africa Corps, présents aux côtés de l’armée malienne, sont régulièrement accusés d’exactions contre des civils.

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Dans ce contexte fragile, la situation politique demeure tendue. Les arrestations de hauts gradés et la mise en cause d’un ressortissant étranger soulignent l’importance accordée par les autorités à la sécurisation du pouvoir et à la prévention de toute ingérence extérieure. Le gouvernement assure que la situation est « totalement sous contrôle » et appelle la population à rester vigilante et à collaborer avec les forces de sécurité.

Ces événements interviennent alors que le Mali continue de naviguer entre crises politique, sécuritaire et économique. Cette affaire pourrait accentuer les tensions internes et les divisions au sein de l’armée, tout en compliquant les relations du pays avec ses partenaires internationaux. Les prochaines semaines seront déterminantes pour la stabilité de la transition malienne et la sécurisation des institutions.

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