Hydrogène vert en Afrique : un réservoir d’emplois encore en construction

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Mirage ou moteur de croissance, pourquoi l’hydrogène vert peine à décoller en Afrique ?Image d'illustration © DR
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Présenté comme l’un des piliers de la transition énergétique mondiale, l’hydrogène vert suscite un intérêt croissant en Afrique. Grâce à ses ressources naturelles exceptionnelles, le continent pourrait devenir un fournisseur stratégique de cette énergie propre. Mais derrière les annonces d’investissements et les projections spectaculaires, une question centrale demeure : celle de l’emploi. Entre promesses massives et réalités structurelles, l’impact social de l’hydrogène vert reste largement à bâtir.

L’hydrogène vert, produit à partir d’énergies renouvelables via l’électrolyse de l’eau, est considéré comme une solution clé pour décarboner les secteurs industriels les plus polluants. Or, l’Afrique concentre certains des meilleurs atouts mondiaux pour sa production : un ensoleillement exceptionnel, des couloirs de vent puissants, de vastes espaces disponibles et un coût potentiel de l’électricité renouvelable parmi les plus bas au monde.

Un potentiel énergétique colossal, moteur de nouvelles ambitions

Ces avantages ont placé le continent au cœur des stratégies énergétiques internationales. De l’Afrique du Nord à l’Afrique australe, des dizaines de projets ont été annoncés, souvent portés par des consortiums internationaux, avec des investissements se chiffrant en milliards de dollars. L’objectif est de produire de l’hydrogène vert à grande échelle, principalement destiné à l’exportation vers des marchés fortement demandeurs comme l’Union européenne, engagée dans une course à la décarbonation de son industrie.

L’hydrogène vert est souvent présenté comme un nouveau levier de développement pour l’Afrique, capable de dépasser le simple statut de fournisseur de matières premières.

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L’emploi au cœur des projections… mais sous conditions

Les estimations avancées par certains responsables politiques et institutions internationales sont ambitieuses : plusieurs millions d’emplois pourraient être créés en Afrique d’ici 2050 grâce au développement de la filière hydrogène vert. Ces emplois couvriraient un large spectre, allant de la construction d’infrastructures énergétiques à leur exploitation, en passant par la maintenance, la logistique, l’ingénierie, la recherche ou encore la formation.

À court terme, les effets sur l’emploi se concentrent surtout sur les phases de construction des projets : centrales solaires et éoliennes, électrolyseurs, réseaux de transport et infrastructures portuaires. Ces chantiers mobilisent une main-d’œuvre nombreuse, mais souvent temporaire. Les emplois pérennes, eux, restent plus limités et requièrent majoritairement des compétences techniques élevées.

C’est là que réside l’un des principaux défis : la majorité des postes qualifiés liés à l’hydrogène vert nécessitent une expertise encore peu répandue sur le continent. Sans politiques volontaristes de formation et de transfert de compétences, une part importante des emplois les plus stratégiques risque d’être occupée par une main-d’œuvre étrangère, réduisant l’impact réel sur l’emploi local.

Par ailleurs, les projections globales masquent de fortes disparités régionales. Les pays disposant déjà d’infrastructures énergétiques solides, d’un cadre réglementaire clair et d’un environnement politique stable sont les premiers à capter les investissements et les emplois associés, creusant potentiellement les écarts avec les États moins avancés.

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Exportation, formation et justice sociale : les clés d’un pari réussi

L’un des enjeux majeurs du développement de l’hydrogène vert en Afrique tient à son orientation largement tournée vers l’exportation. Si cette stratégie permet d’attirer rapidement des capitaux étrangers, elle comporte un risque bien connu : celui de reproduire un modèle extractif, où la valeur ajoutée est créée ailleurs et où les bénéfices locaux restent limités.

Pour maximiser les retombées en matière d’emploi, plusieurs conditions apparaissent essentielles. D’abord, le développement de marchés domestiques de l’hydrogène vert, capables d’alimenter les industries locales, les transports ou la production d’engrais, permettrait d’ancrer durablement la filière dans les économies nationales. Ensuite, l’investissement massif dans l’éducation, la formation professionnelle et la recherche est indispensable pour préparer la main-d’œuvre africaine aux métiers de demain.

À cela s’ajoute la nécessité d’un cadre réglementaire clair et stable, garantissant à la fois la sécurité des investisseurs et la protection des intérêts locaux : accès à l’eau, respect de l’environnement, inclusion des communautés concernées et redistribution équitable des bénéfices. Car si l’hydrogène vert est présenté comme une énergie propre, son développement à grande échelle soulève aussi des interrogations sociales et environnementales, notamment dans des régions déjà vulnérables.

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