Évaporation

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memorandum Blue Carbon et la République du LibériaSignature d'un protocole d'accord sur le développement de projets de compensation carbone dans le secteur forestier entre Blue Carbon et la République du Libéria en mars 2023 © DR
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On pensait avoir déjà vu défiler tous les miracles bureaucratiques possibles dans le monde du climat. Pourtant, en pleine COP, l’affaire Blue Carbon réussit l’exploit d’être à la fois spectaculaire, nébuleuse et étrangement silencieuse. Au Liberia, tout avait commencé avec une promesse presque trop belle : protéger un million d’hectares de forêt grâce à un accord flambant neuf signé avec une entreprise émiratie présentée comme pionnière de « l’économie verte ». On parlait déjà de projets, d’emplois, de financements innovants. Deux ans plus tard, il reste surtout… une chaise vide. Plus de site web, plus de réseaux sociaux, plus d’activité. Une disparition aussi complète que rapide.

Le Liberia n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays africains, la même scène s’est répétée : conférences impeccables, photos de dirigeants rayonnants, annonces chiffrées qui donnaient presque le vertige. La Tanzanie, la Zambie, le Zimbabwe, le Kenya ou encore l’État de Niger au Nigeria ont tous signé des protocoles aux promesses gigantesques. Certains représentaient plus de 7% du territoire national. Sur le papier, il s’agissait d’une petite révolution environnementale. Dans les faits, les protocoles ont expiré sans un pas concret. Les gouvernements qui tentaient de contacter Blue Carbon ont dû se contenter d’une boîte mail fantôme.

Le plus savoureux, dans tout cela, c’est que les ONG avaient flairé l’odeur de soufre dès le début. Elles s’étaient étonnées de l’opacité des accords, du manque de consultation des communautés locales et des clauses foncières vaguement acrobatiques. On avait accusé ces critiques d’être rabat-joie, voire de ne pas « comprendre les opportunités du carbone ». Avec le recul, elles avaient surtout un solide sens de l’observation. « L’idée était bizarre », résume aimablement une experte. On peut dire qu’elle a eu la main légère.

Pendant ce temps, Blue Carbon s’affichait comme un acteur incontournable censé aider les Émirats à atteindre la neutralité carbone. On retrouvait son nom dans des communiqués triomphants, dans des photos de délégations, dans des discours très inspirés. Mais dès qu’il s’agissait de repères concrets – projets en cours, certifications, registres, mécanismes REDD+ – le tableau devenait étonnamment vide. Même AirCarbon Exchange, qui avait annoncé un partenariat, a confirmé que l’accord avait expiré sans qu’aucune action n’ait jamais été engagée.

Ce qui frappe surtout, c’est la facilité avec laquelle une entreprise peut signer des engagements couvrant jusqu’à 20% d’un pays… puis disparaître comme si de rien n’était. Les communautés locales, elles, n’ont reçu aucune information claire. Elles ont simplement rappelé un principe élémentaire : on ne décide pas du sort de leurs terres sans les consulter.

Au fond, cette affaire n’est pas seulement une histoire de marchés carbone ratés. C’est le rappel d’une vérité très simple : protéger des forêts nécessite des partenaires qui existent encore après la photo officielle. Et à défaut de sauver le climat, Blue Carbon aura au moins fourni une leçon : dans la diplomatie verte, le silence complet est rarement bon signe.

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