Bénin-Côte d’Ivoire-France : coopération militaire renforcée face à la menace terroriste

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Afrique : Emmanuel Macron, déterminé à renforcer la présence de la France sur le continentLe président Emmanuel Macron est accueilli par le président du Bénin, Patrice Talon, à Cotonou, mercredi 27 juillet 2022. © David Gnaha/AP/SIPA/David Gnaha/AP/SIPA
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Cotonou accueille ce jeudi 19 mars une rencontre trilatérale de haut niveau entre les chefs d’état-major des armées du Bénin, de la Côte d’Ivoire et de la France. Le général de corps d’armée Fructueux Gbaguidi, chef d’état-major général des Forces armées béninoises, reçoit dans la capitale économique béninoise le général d’armée aérienne Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises, ainsi que le général d’armée Lassina Doumbia, chef d’état-major général des armées ivoiriennes. Présentée comme une visite de travail et de coopération, cette réunion s’inscrit dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu en Afrique de l’Ouest, marqué par la montée des attaques terroristes, la pression accrue sur les frontières et la multiplication des menaces transfrontalières.coopération militaire renforcée face à la menace terroriste

Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des échanges engagés en juillet 2025 à Abidjan entre les trois états-majors. Elle traduit la volonté de Paris, de Cotonou et d’Abidjan de maintenir un cadre de dialogue militaire régulier face à une situation régionale en constante dégradation.

Le Bénin et la Côte d’Ivoire, tous deux voisins d’espaces exposés à l’insécurité sahélienne, sont confrontés à des risques d’infiltration de groupes armés, à des attaques contre les forces de défense et de sécurité, ainsi qu’à une criminalité transfrontalière qui complique la surveillance des zones sensibles.

Pour Cotonou, cette réunion intervient à un moment où l’appareil sécuritaire béninois est sous pression. Entre février et mars 2026, les Forces armées béninoises ont subi plusieurs attaques meurtrières, dont l’une a coûté la vie à quinze soldats, selon les éléments fournis. Ces pertes soulignent la capacité de nuisance de groupes armés actifs dans les régions frontalières et la nécessité, pour les autorités béninoises, de renforcer leurs capacités de renseignement, de mobilité et de réponse rapide.

La tenue, à la veille de la rencontre, de l’exercice militaire « Alligator » dans plusieurs villes du sud du pays illustre par ailleurs l’effort de montée en puissance opérationnelle engagé par l’armée béninoise.

Une coopération qui s’étale sur plusieurs domaines

Au-delà du symbole diplomatique, la réunion trilatérale a donc une portée très concrète. Les trois chefs d’état-major doivent passer en revue l’état des lieux sécuritaire dans leurs pays respectifs, avant une discussion plus large sur les modalités de coopération existantes et sur les axes de renforcement possibles.

Les domaines évoqués comprennent notamment l’appui au renseignement, la lutte anti-engins explosifs improvisés, la formation, la surveillance aérienne et l’échange de bonnes pratiques opérationnelles. L’objectif affiché est d’améliorer l’interopérabilité entre les armées, de mieux coordonner les dispositifs et de rendre plus efficace la réponse face à une menace qui évolue rapidement.

Cette interopérabilité est devenue un enjeu central dans une sous-région où les menaces ne s’arrêtent pas aux frontières administratives. Les mouvements de combattants, les réseaux logistiques clandestins et les trafics divers exploitent les porosités frontalières, obligeant les États à renforcer les mécanismes de coopération.

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Une redéfinition du positionnement militaire français en Afrique

La présence du général Fabien Mandon à Cotonou revêt également une portée particulière. Nommé à la tête des armées françaises après le départ du général Thierry Burkhard, il effectue sa première visite dans la capitale béninoise. Cette première prise de contact avec son homologue béninois intervient alors que la France redéfinit son positionnement militaire en Afrique.

Après avoir été contrainte de quitter le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, elle a engagé une réorganisation de sa présence sur le continent, en privilégiant des dispositifs plus ciblés, axés sur la formation, le renseignement, l’accompagnement et l’appui logistique, plutôt qu’un déploiement massif de troupes.

Dans cette nouvelle architecture, le Bénin et la Côte d’Ivoire apparaissent comme deux partenaires privilégiés de Paris en Afrique de l’Ouest. Selon les éléments fournis, des militaires français ont apporté un appui de surveillance et de soutien logistique lors de la tentative de coup d’État déjouée au Bénin en décembre 2025, ce qui témoigne de la densité de la coopération sécuritaire entre les deux pays. Cette assistance s’inscrit dans une logique d’accompagnement discret mais soutenu, dans un contexte où les autorités béninoises cherchent à consolider leur capacité de réaction face aux menaces internes et régionales.

La Côte d’Ivoire, de son côté, poursuit un processus d’autonomisation progressive de ses forces armées. La restitution, en février 2025, du camp militaire de Port-Bouët, rebaptisé Thomas d’Aquin Ouattara, a marqué un tournant symbolique dans la relation militaire entre Abidjan et Paris. Ce transfert a illustré la volonté ivoirienne de prendre davantage de responsabilités dans la gestion de son propre outil de défense, tout en conservant un cadre de coopération étroite avec la France.

Un détachement d’environ 80 militaires français demeure toutefois sur place, principalement pour des missions de formation et d’accompagnement, ce qui confirme la persistance d’un partenariat opérationnel, même dans un format plus réduit.

La réunion de Cotonou intervient donc à un moment où les armées de la région sont appelées à conjuguer montée en autonomie et coopération renforcée. Pour les autorités militaires béninoises et ivoiriennes, l’enjeu consiste à construire des capacités nationales plus robustes, sans renoncer aux bénéfices d’une collaboration avec un partenaire disposant d’une longue expérience des opérations de sécurité et de renseignement. Pour la France, l’exercice consiste à conserver une influence stratégique en Afrique de l’Ouest dans un environnement devenu plus concurrentiel et plus sensible politiquement.

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Un signal politique

La réunion de ce 19 mars apparaît aussi comme un signal politique. En réunissant à Cotonou les chefs d’état-major des trois pays, les autorités envoient un message de coordination et de solidarité au moment où la région est confrontée à une série de menaces imbriquées : terrorisme, trafics, instabilité des zones frontalières, fragilité des États du Sahel et risques de débordement vers les pays côtiers.

Le choix de Cotonou pour cette rencontre n’est pas anodin. Le Bénin, situé à la jonction entre le golfe de Guinée et les zones de turbulence sahélienne, se trouve désormais en première ligne face à des dynamiques sécuritaires qui dépassent le cadre national.

Les discussions doivent se dérouler en deux temps. D’abord, des entretiens bilatéraux et des audiences entre les chefs militaires sont prévus au cours de la journée. Ensuite, une réunion tripartite doit permettre de confronter les évaluations sécuritaires et d’identifier les pistes de coopération supplémentaires. Selon les informations disponibles, les échanges pourraient porter sur plusieurs dispositifs déjà en place, sans qu’il soit acquis que de nouveaux axes soient annoncés à l’issue de la rencontre.

Parmi les sujets susceptibles d’être approfondis figurent l’assistance en matière de renseignement, la lutte contre les engins explosifs improvisés, la formation spécialisée et la mutualisation de certains moyens de surveillance.

Dans un environnement où chaque attaque, chaque infiltration et chaque faille de surveillance peut avoir des conséquences immédiates, la réunion de Cotonou reflète une réalité stratégique plus large : face à une menace terroriste persistante et à l’instabilité régionale, aucun État ne peut, seul, espérer sécuriser durablement son territoire. C’est bien cette logique de coopération, désormais resserrée mais plus ciblée, que cherchent à faire vivre le Bénin, la Côte d’Ivoire et la France à travers cette rencontre trilatérale.

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