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La reconduction de l’Africa Growth and Opportunity Act (AGOA) par Washington est présentée comme une victoire pour les économies africaines. À lire les communiqués officiels, il s’agirait d’un geste de partenariat, presque de solidarité commerciale. Mais derrière le vernis diplomatique, la réalité est moins reluisante. Ce renouvellement d’un an ressemble surtout à un rappel brutal de qui tient la plume et qui attend la signature.

Depuis sa création en 2000, l’AGOA a offert à plusieurs pays africains un accès sans droits de douane au marché américain. Les bénéfices ont été réels pour certains secteurs (textile, agriculture, industrie légère) mais l’accord n’a jamais été une charité. Il a toujours fonctionné comme un contrat conditionnel, où Washington distribue les avantages en échange d’exigences politiques et économiques. Gouvernance, droits humains, lutte contre la corruption : des critères louables en apparence, mais qui placent les États bénéficiaires sous surveillance permanente.

La prolongation actuelle ne change rien à cette logique, elle la renforce. Réduite à une seule année alors que trois étaient envisagées, elle installe une incertitude calculée. Les entreprises africaines sont censées investir, exporter, créer de l’emploi, tout en sachant que l’accès privilégié au marché américain peut être remis en cause à chaque débat budgétaire au Congrès. Ce n’est pas un partenariat stable, c’est une laisse économique.

Plus révélateur encore est l’usage ouvertement politique de l’accord. L’administration Trump n’a pas hésité à en faire un levier de pression, conditionnant sa reconduction à des concessions étrangères au commerce, notamment migratoires, et exigeant l’ouverture accrue des marchés africains aux produits américains.
La rhétorique de « modernisation » du programme, alignée sur « America First », ne laisse guère de doute : l’AGOA n’est plus présenté comme un outil de développement partagé, mais comme un instrument de négociation au service d’intérêts nationaux.

Rien de surprenant, diront les réalistes : le commerce international est affaire de puissance.

Mais ce qui devrait inquiéter, c’est la facilité avec laquelle ce déséquilibre est accepté comme une normalité. Chaque prolongation est accueillie avec soulagement, comme si l’accès préférentiel à un marché extérieur constituait en soi une stratégie de développement.

Le véritable enjeu pour le continent n’est pas de célébrer une reconduction annuelle, mais d’échapper à ce cycle de dépendance. Intégration régionale, diversification des partenaires, montée en gamme industrielle : voilà les débats urgents.

Sans cela, l’AGOA continuera d’être salué comme une opportunité alors qu’il n’est, au fond, que la reconduction périodique d’un rapport de force assumé.

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