Afrique du Sud : colère du monde du cinéma devant le Parlement
Des dizaines de professionnels sud-africains du cinéma et de la télévision ont observé, mercredi, un sit-in devant le Parlement au Cap. Réunis pour alerter sur ce qu’ils décrivent comme un « effondrement imminent » du secteur, ils réclament une réforme en profondeur du système d’incitations financières, ainsi qu’une revalorisation de ses montants.
Cinéastes, producteurs, comédiens, techniciens et autres acteurs de l’industrie créative, soutenus par des citoyens, ont dénoncé la dégradation rapide de leurs conditions de travail. Selon eux, la crise actuelle menace directement des centaines d’emplois et fragilise l’ensemble de la chaîne de production audiovisuelle.
Des retards jugés destructeurs pour l’investissement
Les manifestants pointent du doigt les retards répétés dans le versement des incitations financières par le ministère du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence. Ces dysfonctionnements auraient perturbé les calendriers de tournage et découragé les investissements étrangers, plaçant le secteur sous une « pression énorme ».
Les protestataires estiment que l’industrie est entrée en déclin depuis que le mécanisme d’incitations ne fonctionne plus correctement. L’incapacité du ministère à traiter les demandes de remboursement fiscal et à honorer les paiements aux investisseurs étrangers aurait, selon eux, paralysé le système, entraînant une chute de l’activité et des pertes massives d’emplois.
Appel à une intervention urgente
Les professionnels exigent une action rapide « avant qu’il ne soit trop tard ». Ils dénoncent la mauvaise gouvernance à l’origine du gel des financements et la réduction des subventions, évaluée à 60%, qui a aggravé la crise sans résoudre les causes structurelles du recul du secteur depuis la pandémie de Covid-19.
Réunis au sein d’une coalition de plusieurs organisations professionnelles, les manifestants demandent une aide immédiate aux travailleurs, la création d’un comité d’arbitrage et la mise en place de groupes de travail avec le ministère dans un délai de 21 jours. Ils exigent également une réponse officielle sous dix jours.
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Deux années de paralysie quasi totale
Depuis près de deux ans, l’industrie cinématographique sud-africaine est confrontée à une quasi-cessation d’activité, les autorités de tutelle ayant, selon les professionnels, refusé de se réunir pour statuer sur les demandes d’incitations ou valider le financement de nouveaux projets.
D’après les organisations professionnelles, le secteur s’est contracté de 50% à 60%, provoquant l’annulation de nombreuses productions locales et internationales. Les pertes sont estimées à 3,8 milliards de rands (plus de 238 millions de dollars), tandis que plusieurs tournages ont été délocalisés vers des destinations plus attractives, comme le Canada ou l’Europe de l’Est.
La réponse du gouvernement sud-africain
Le ministère sud-africain du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence affirme, pour sa part, travailler à la mise à jour des dispositifs existants. Il attribue les retards observés à des lourdeurs administratives et à des ajustements budgétaires en cours.
La réduction du financement du programme d’incitations au cinéma et à la télévision a déjà coûté de nombreux emplois dans un secteur qui, selon les professionnels, faisait vivre environ 60.000 personnes directement et plus de 100.000 indirectement, dont près de 67 % de jeunes âgés de moins de 35 ans.