Emmanuel Macron défend l’Europe face à la Chine au Kenya

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macron kenya sommet afriqueLe président français Emmanuel Macron lors du sommet Africa Forward © Brian Inganga/AP/SIPA
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Au Kenya, Emmanuel Macron a défendu dimanche 11 mai à Nairobi la stratégie européenne en Afrique lors du sommet Africa Forward, en affirmant que les anciennes puissances coloniales n’étaient pas « les prédateurs de ce siècle ». Le président français a opposé l’approche de l’Europe à celle de la Chine, qu’il accuse d’adopter une logique « prédatrice » dans l’exploitation des minerais critiques et des terres rares africaines.

Cette prise de position intervient dans un contexte de recomposition des partenariats sur le continent, où les Etats africains diversifient leurs alliances entre Europe, Chine, Etats-Unis, Turquie, Russie et pays du Golfe. A Nairobi, le chef de l’Etat français a aussi estimé que les difficultés actuelles de l’Afrique ne pouvaient pas être imputées uniquement à la période coloniale, appelant les dirigeants du continent à renforcer la gouvernance.

Emmanuel Macron et le repositionnement français en Afrique

Le discours prononcé au Kenya s’inscrit dans une séquence diplomatique délicate pour Paris. Ces dernières années, la France a vu son influence reculer dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, notamment après une série de ruptures politiques et militaires. Dans ce contexte, la tenue d’un sommet en Afrique anglophone illustre une volonté d’élargir les relations françaises au-delà de ses partenaires historiques francophones.

A Nairobi, le président français a présenté l’Europe comme un partenaire attaché au droit international, au multilatéralisme et à un commerce qu’il dit plus équilibré. Ce positionnement vise à répondre à une concurrence de plus en plus forte autour des ressources stratégiques africaines, en particulier les minerais indispensables aux technologies numériques et à la transition énergétique. Le Kenya, puissance économique d’Afrique de l’Est et membre actif de la Communauté d’Afrique de l’Est, apparaît à cet égard comme un point d’ancrage important dans une région en croissance et tournée vers les investissements.

Akhannouch représente le roi Mohammed VI à Nairobi lors de plusieurs rendez-vous africains

Au-delà du cas français, cette séquence reflète les débats plus larges sur la place de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales. L’Union africaine plaide de longue date pour une transformation locale accrue des matières premières, afin que le continent capte davantage de valeur ajoutée au lieu d’exporter des ressources brutes. La Banque africaine de développement défend également cette orientation, alors que la compétition internationale pour le cobalt, le lithium, le graphite et les terres rares s’intensifie.

Les propos tenus à Nairobi pourraient toutefois susciter des réactions contrastées sur le continent. Dans plusieurs pays, la mémoire coloniale continue de structurer le débat public et les relations avec les partenaires européens restent observées à l’aune d’un passé encore sensible. En parallèle, de nombreux gouvernements africains revendiquent une diplomatie de non-alignement pragmatique, cherchant à obtenir financements, infrastructures, débouchés commerciaux et transferts de compétences sans s’inscrire dans une logique de blocs.

Le sommet de Nairobi met ainsi en lumière une réalité désormais centrale : l’Afrique n’est plus un simple terrain d’influence, mais un acteur qui négocie avec plusieurs puissances à la fois.

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