Country risk atlas 2026 : l’Afrique entre résilience conjoncturelle et fragilités structurelles

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Country risk atlas 2026 : l'Afrique entre résilience conjoncturelle et fragilités structurellesPhoto illustration © DR
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Dans son Country Risk Atlas 2026, Allianz Trade dresse un panorama nuancé des risques pays, soulignant une amélioration globale du risque à court terme en 2025, mais des vulnérabilités persistantes à moyen terme. En Afrique, plusieurs économies présentent des dynamiques contrastées, entre dépendance aux matières premières, tensions sociales et efforts de diversification. Tour d’horizon des principales économies africaines analysées.

Selon Allianz Trade, l’Algérie demeure fortement dépendante des hydrocarbures, le gaz naturel constituant le pilier central de l’économie, tant pour les recettes d’exportation que pour les finances publiques. Après une accélération en 2025 grâce à la hausse des prix du gaz, la croissance devrait ralentir à +2,9% en 2026 puis +2,7% en 2027. La baisse de la production pétrolière depuis 2022 et la volatilité des prix énergétiques pèsent sur les perspectives.

Le déficit budgétaire a atteint 11,5% du PIB en 2025, le plus élevé parmi les exportateurs pétroliers de la région MENA, et pourrait se rapprocher de 12% en 2026. La dette publique est attendue à 80% du PIB à l’horizon 2030. Sur le plan externe, le déficit courant s’établit à -3,7% du PIB en 2025. La dépréciation du dinar et l’écart important avec le marché parallèle accentuent les risques de change.

Allianz Trade souligne également un environnement des affaires contraint par la domination de l’État et des banques publiques, un taux élevé de créances douteuses (plus de 20%) et une diversification encore limitée, les exportations hors hydrocarbures ne représentant qu’environ 4% du total.

Angola : potentiel minier face à une contrainte d’endettement

En Angola, la croissance devrait rebondir à +3,2% en 2026 après +2,4% en 2025, grâce à une reprise de la production pétrolière. Toutefois, comme le rappelle Allianz Trade, l’économie reste extrêmement dépendante du pétrole, qui représente environ 90% des exportations et 30% du PIB.

L’inflation, bien qu’en recul à 20% en 2025 après un pic à 28% en 2024, continue d’éroder le pouvoir d’achat. Près de 31% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les finances publiques restent sous pression : le service de la dette a représenté jusqu’à 16,2% du PIB en 2023. La dette publique, qui avait grimpé à 72% du PIB après la dépréciation du kwanza en 2023, devrait reculer progressivement pour atteindre 48,1% en 2026.

Les autorités poursuivent un programme de consolidation budgétaire, notamment via la réduction des subventions aux carburants, décision qui a provoqué d’importantes manifestations en juillet 2025. Allianz Trade met en avant la stratégie de diversification centrée sur les mines (diamants, cuivre, fer) et le corridor de Lobito, soutenu par des partenaires occidentaux, comme levier de transformation structurelle.

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Égypte : amélioration partielle mais fragilités persistantes

Concernant l’Égypte, Allianz Trade observe des améliorations de sous-indicateurs en Afrique, sans que celles-ci ne suffisent à relever la notation globale du pays. L’économie égyptienne demeure exposée aux vulnérabilités structurelles, notamment sur le plan externe et budgétaire.

Le pays fait face à des tensions sur les financements extérieurs et à des pressions inflationnistes persistantes. La capacité d’absorption des chocs s’est renforcée grâce à des ajustements macroéconomiques, mais le contexte demeure fragile, en particulier dans un environnement mondial marqué par l’incertitude géopolitique et la volatilité des flux financiers.

Allianz Trade insiste sur la nécessité de poursuivre les réformes structurelles afin d’améliorer l’environnement des affaires, d’attirer les investissements directs étrangers et de stabiliser durablement les équilibres macroéconomiques.

Ghana : exposition aux tensions financières mondiales

Pour le Ghana, l’analyse d’Allianz Trade s’inscrit dans un contexte africain où les améliorations restent incomplètes. Le pays demeure sensible aux conditions de financement internationales, à la volatilité des matières premières et aux pressions budgétaires.

Les défis portent notamment sur la consolidation des finances publiques, la gestion de la dette et la restauration de la confiance des investisseurs. Dans un environnement mondial où les primes de risque augmentent, les économies africaines intermédiaires comme le Ghana restent vulnérables aux chocs externes et aux fluctuations des flux de capitaux.

Kenya : diversification dynamique mais risques extérieurs

Le Kenya bénéficie d’une base économique plus diversifiée que plusieurs économies exportatrices de matières premières. Toutefois, selon Allianz Trade, les risques liés au financement externe et à l’endettement demeurent des facteurs de vigilance.

La croissance repose sur les services, les infrastructures et l’investissement régional, mais la dépendance aux financements internationaux expose le pays à un renchérissement des coûts d’emprunt. Dans un contexte de hausse globale des insolvabilités attendues à +24% au-dessus de la moyenne prépandémique d’ici 2026, les entreprises kényanes pourraient faire face à des tensions accrues sur la trésorerie.

Maroc : résilience relative dans un environnement incertain

Le Maroc s’inscrit dans une dynamique de résilience relative, portée par la diversification sectorielle et une meilleure intégration commerciale. Néanmoins, Allianz Trade souligne que les économies africaines, y compris celles affichant des fondamentaux plus solides, ne sont pas à l’abri des chocs externes.

Lire aussi : Allianz Trade : le risque d’impayés pour les entreprises reste modéré au Maroc

Les risques concernent notamment l’exposition aux marchés européens, les pressions climatiques et la nécessité de maintenir une trajectoire budgétaire soutenable. Les améliorations observées dans certains sous-indicateurs témoignent d’une capacité d’adaptation accrue, mais sans changement majeur de notation globale.

Nigeria : poids démographique et défis structurels

Le Nigeria, première économie et pays le plus peuplé d’Afrique, présente des améliorations partielles de sous-notes, sans relèvement de la note globale, selon Allianz Trade. La dépendance aux hydrocarbures, la faiblesse des recettes publiques non pétrolières et les contraintes sur les devises étrangères constituent des risques majeurs.

La gestion du taux de change, la maîtrise de l’inflation et la diversification économique demeurent des priorités. Dans un contexte de hausse des défauts d’entreprises à l’échelle mondiale, la vulnérabilité du tissu productif nigérian aux chocs externes reste élevée.

Sénégal : dégradation dans un contexte de tensions

Le Sénégal figure parmi les pays ayant subi une dégradation de notation en 2025. Allianz Trade souligne que, malgré certaines améliorations régionales, les risques politiques, budgétaires et financiers peuvent entraîner une détérioration rapide du profil de risque.

La soutenabilité des finances publiques et la stabilité politique constituent des déterminants clés pour la trajectoire future. Dans un environnement mondial caractérisé par des tensions commerciales et géopolitiques, les marges de manœuvre des économies africaines restent limitées.

Afrique du Sud : vulnérabilités concentrées

L’Afrique du Sud évolue dans un paysage mondial « de plus en plus inégal », selon les termes d’Allianz Trade, où résilience et fragilité coexistent. Les défis structurels, croissance modérée, contraintes énergétiques, pression sur les finances publiques, persistent.

La concentration des vulnérabilités dans certaines grandes économies émergentes accroît le risque systémique. Pour les entreprises et investisseurs, le rapport insiste sur la nécessité d’un suivi granulaire des risques de transfert, de convertibilité et d’exposition commerciale.

Au total, l’analyse d’Allianz Trade met en lumière une Afrique en transition : si certains indicateurs à court terme s’améliorent, les risques structurels, dépendance aux matières premières, fragilité budgétaire, tensions sociales et contraintes de financement, continuent de peser sur les perspectives à moyen terme. Dans ce contexte, la gestion proactive du risque pays s’impose comme un impératif stratégique pour les entreprises opérant sur le continent.

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