Ouganda : internet coupé à l’approche des élections
L’accès à internet a été coupé mardi en fin de journée en Ouganda, à deux jours des élections présidentielle et législatives, selon une décision de la Commission des communications. La mesure, entrée en vigueur à partir de 18h00, est prévue pour une durée indéterminée, alors que le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quarante ans, brigue un nouveau mandat.
Dans une lettre adressée aux fournisseurs d’accès, dont l’authenticité a été confirmée par des sources gouvernementales, l’autorité de régulation justifie cette coupure par la nécessité de « freiner la propagation rapide de la désinformation en ligne », de prévenir la fraude électorale et de limiter les risques d’« incitation à la violence ». Le gouvernement, qui n’a fait aucune annonce officielle, n’a pas commenté publiquement la mise en œuvre effective de cette décision.
Cette coupure intervient en contradiction avec les assurances répétées de l’exécutif. Ces derniers mois, les autorités avaient affirmé à plusieurs reprises que le réseau ne serait pas bloqué durant le processus électoral. Le 5 juillet, un message publié sur le réseau social X assurait encore que « les affirmations suggérant une coupure d’internet sont fausses et trompeuses ».
Opposition et ONG dénoncent un climat de répression
L’Ouganda avait déjà imposé un black-out numérique lors de l’élection présidentielle de 2021, remportée par Yoweri Museveni, aujourd’hui âgé de 81 ans. Le scrutin avait été vivement contesté par l’opposition, en particulier par Bobi Wine, ancien chanteur populaire devenu figure centrale de la contestation, qui avait dénoncé une « mascarade » électorale entachée de violences ayant fait des dizaines de morts.
La suspension d’internet est intervenue quelques heures après le dernier meeting de campagne du président sortant, organisé mardi à Kampala. Des milliers de partisans, vêtus de jaune, couleur du parti au pouvoir, y ont assisté. Pour certains sympathisants, la longévité du chef de l’État ne pose aucun problème. « Quarante ans, ce n’est pas important. On a besoin qu’il reste au pouvoir même 80 ans de plus, parce que le pays se développe », a déclaré Banura Oliver, une quadragénaire présente au rassemblement.
D’autres électeurs affichent un soutien plus nuancé. « Bobi Wine est un type sympa, j’écoute sa musique depuis mon enfance, mais c’est Museveni qui doit être dans le fauteuil présidentiel », estime Tamaal Albany Farockel, autoentrepreneuse de 32 ans. Certains participants reconnaissent toutefois être venus uniquement pour la distribution de nourriture, sans intention de voter pour le président sortant. « Tu me donnes à manger aujourd’hui, mais demain ? », s’interroge Mugaala, 23 ans, sans emploi.
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Le climat politique reste marqué par de fortes restrictions à l’encontre des médias. Plusieurs journalistes étrangers, bien que munis d’accréditations officielles, se sont vu refuser l’accès au meeting présidentiel et ont été menacés d’arrestation. « Votre caméra n’est pas la bienvenue », aurait déclaré un membre des forces de sécurité après vérification de leurs documents.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent un environnement électoral sous haute tension. Le bureau du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme a estimé que les élections se déroulaient dans « un climat de répression et d’intimidation généralisées ». Amnesty International affirme qu’au moins 400 partisans de la Plateforme d’unité nationale (NUP), le parti de Bobi Wine, ont été arrêtés ces derniers mois pour leur soutien à l’opposition. L’un d’eux a été tué en novembre, la police évoquant des affrontements avec des « hooligans ».
Par ailleurs, les autorités avaient annoncé fin décembre des restrictions sur l’importation de récepteurs internet par satellite, notamment Starlink, susceptibles de permettre le contournement du black-out numérique.
La coupure d’internet ravive enfin les craintes d’un scénario similaire à celui observé en Tanzanie voisine, où un blocage du réseau avait accompagné des élections controversées, suivies d’une répression sanglante. À deux jours du scrutin, le black-out numérique en Ouganda apparaît ainsi comme un facteur supplémentaire de tension dans un processus électoral déjà fortement contesté.