Capitale sans âme

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présidence du gouvernement à Ciudad de la Paz,Le bâtiment de la présidence du gouvernement à Ciudad de la Paz, Guinée équatoriale © DR
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La Guinée équatoriale a officiellement tourné une page symbolique de son histoire institutionnelle en décrétant le transfert de sa capitale politique de Malabo à Ciudad de la Paz, au cœur de la province continentale de Djibloho. Décidé par décret présidentiel, ce choix concrétise un projet lancé dès 2008 par le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis près d’un demi-siècle. Plus qu’un simple déménagement administratif, cette décision soulève des interrogations majeures sur la vision de l’État, ses priorités et son rapport au développement.

Sur le papier, les arguments avancés par les autorités sont cohérents. La situation géographique centrale de Ciudad de la Paz, son potentiel d’extension et la saturation progressive de Malabo et Bata constituent des motifs rationnels. Comme dans d’autres pays africains ayant opté pour une capitale nouvelle ou déplacée comme Abuja au Nigeria ou encore Yamoussoukro en Côte d’Ivoire, on veut mieux répartir les infrastructures, désengorger les grandes villes et renforcer l’unité nationale.

Le décret insiste d’ailleurs sur la paix, la modernisation de l’administration publique et la diversification des pôles de développement.

Cependant, l’écart entre l’intention politique et la réalité vécue par les populations demeure au cœur du débat. Ciudad de la Paz, anciennement Oyala, est une ville sortie de terre en pleine forêt équatoriale, fruit d’investissements massifs de l’État. Depuis des années, elle symbolise autant l’ambition de modernité que les dérives d’un modèle de développement centré sur les grands projets, souvent déconnectés des besoins sociaux immédiats.

Routes, bâtiments administratifs et infrastructures monumentales existent, mais la ville peine encore à devenir un véritable espace de vie animé, attractif et fonctionnel. Le délai d’un an accordé aux institutions pour s’installer dans la nouvelle capitale pose également question. Le transfert effectif des services de la présidence, des organes constitutionnels et des entreprises publiques nécessitera des moyens financiers, humains et logistiques considérables.

Dans un pays où une partie de la population continue de faire face à des difficultés d’accès aux soins, à l’éducation et à l’emploi, ce choix budgétaire risque d’alimenter un sentiment de décalage entre l’État et les citoyens. Après 47 ans de pouvoir, le président Obiang inscrit ce projet dans une logique de long terme, presque testamentaire. Ciudad de la Paz pourrait ainsi devenir le symbole d’un héritage politique autant que d’une réorganisation territoriale. Reste à savoir si cette capitale nouvelle sera un moteur de cohésion et de développement équilibré, ou si elle demeurera une vitrine institutionnelle, éloignée des réalités quotidiennes.

Le transfert de la capitale est donc un pari. Un pari sur la capacité de l’État équato-guinéen à transformer une décision administrative en projet national partagé. L’histoire jugera si Ciudad de la Paz portera réellement son nom, en incarnant paix, unité et progrès, ou si elle restera la capitale d’un pouvoir plus que celle d’un peuple.

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