Vœux d’Afrique
À chaque fin d’année, les vœux présidentiels se ressemblent. Même décor, même ton solennel, mêmes promesses de lendemains meilleurs. Mais en Afrique, l’exercice est rarement anodin. Derrière les mots choisis pour clore l’année, ce sont des stratégies de pouvoir qui se dessinent, et parfois se justifient.
En Afrique de l’Ouest, deux présidents ont clairement assumé leur ligne : la continuité avant tout. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, réélu pour un quatrième mandat, a remercié les électeurs et salué des scrutins qu’il qualifie de « transparents et crédibles ». Une formule attendue, presque rituelle. Elle laisse pourtant de côté une réalité incontournable : l’absence des principaux leaders de l’opposition, écartés de la compétition. À Yamoussoukro, à l’heure du réveillon, beaucoup d’Ivoiriens parlent moins de victoire électorale que de stabilité à préserver, conscients de la fragilité d’une cohésion sociale trop souvent invoquée après coup.
Même tonalité à Lomé. Faure Gnassingbé, vingt ans après son accession au pouvoir, a défendu sa révision constitutionnelle au nom de la stabilité de l’État. Dans sa bouche, la continuité devient une vertu républicaine. Mais à force de vouloir figer les institutions, c’est la question de l’alternance qui continue d’être éludée.
À Dakar, le contraste est saisissant. Le président Bassirou Diomaye Faye, arrivé au pouvoir porté par une forte attente de rupture, a dû répondre aux interpellations du mouvement Y’en a marre. Réduction des dépenses publiques, réforme de la justice annoncée pour 2026 : le discours se veut rassurant, mais le calendrier lointain interroge déjà une opinion impatiente.
Plus au nord, dans les pays du Sahel, la priorité est ailleurs. Au Mali comme au Burkina Faso, les chefs de l’État ont rendu hommage aux forces de défense et de sécurité. Les mots sont forts, les hommages appuyés. Ils traduisent une réalité brutale : ici, la légitimité politique se joue désormais sur le terrain militaire, dans un contexte d’insécurité toujours persistante.
En Afrique centrale enfin, les vœux prennent un parfum électoral. Au Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema célèbre la « légitimation » de son pouvoir par les urnes, deux ans après le coup d’État. Au Cameroun, Paul Biya, réélu pour un huitième mandat, remercie une population encore marquée par la violence postélectorale. Au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso appelle à une présidentielle apaisée en mars 2026, après quarante ans au sommet de l’État.
Partout, la stabilité est invoquée comme un rempart. Mais à force d’en faire un absolu, elle finit par ressembler à une peur : celle de voir le pouvoir changer de mains.