Le paradoxe africain

Dans une de ses boutades dont il a le secret, l’artiste-musicien congolais Koffi Olomide, affirmait qu’il faudrait beaucoup de pauvres afin que les riches soient visibles. Non seulement l’étude Africa Wealth Report publiée mardi 26 août lui donne raison, mais elle confirme surtout un paradoxe bien africain : plus il y a des riches sur le continent, plus le nombre de pauvres explose avec son lot d’inégalités. Les 5% les plus riches en Afrique détiennent aujourd’hui une richesse de près de 4.000 milliards de dollars, soit plus du double de la richesse combinée des 95 % restants de la population.
Avec 25 milliardaires, 123.000 millionnaires et près de 350 centi-millionnaires, l’Afrique réussit la prouesse de réaliser la meilleure performance mondiale de progression des grandes fortunes. Et à en croire les auteurs de l’Africa Wealth Report, ce n’est pas fini, car le continent comptera encore plus de millionnaires dans un futur proche. Leur nombre devrait bondir de 65% au cours de la prochaine décennie.
En son temps, Karl Marx, dont on dit qu’il n’était pas lui-même marxiste, y aurait vu le résultat de l’exploitation des travailleurs par des « méchants » capitalistes. Il aurait par ailleurs dénoncé les inégalités qui se cachent derrière cette explosion des millionnaires. Pour l’Afrique, plus de riches ne signifie pas forcément plus de croissance et moins de pauvres. Ces inégalités sont plutôt porteuses de déstabilisation. Par peur, beaucoup de nos millionnaires investissent très peu dans leur pays. Ils préfèrent plutôt planquer leur argent dans les paradis fiscaux dans le Golfe et en Asie du Sud-Est.