Tunisie : la démocratie menacée

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Tunisie : la démocratie du pays menacée
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Face à une situation politico-économique incertaine et à une crise sanitaire sans précédent, la Tunisie n’est pas au bout de ses peines. Ce mardi, Nasser Bourita, chef de la diplomatie marocaine, a rencontré le président tunisien Kais Saied pour lui transmettre le message de soutien et de solidarité du roi Mohammed VI. Le secrétaire d’État américain Anthony Blinken a pour sa part exhorté le Chef d’État tunisien à «adhérer aux principes de la démocratie», lui assurant que les États-Unis suivent de très près la situation en Tunisie. Les conflits internes du gouvernement et la détérioration économique menacent désormais la démocratie tunisienne.

Les maux de la Tunisie n’en finissent pas. En effet, le pays fait aujourd’hui face à de nombreux défis, tant politiques, économiques, sanitaires que sociaux. Ce mardi 27 juillet, le président tunisien Kais Saied a reçu le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita à Tunis. Selon la diplomatie du Royaume, Bourita a transmis un message du roi Mohammed VI à Saied. Cette correspondance met l’accent sur les différentes solutions que le Maroc peut entreprendre pour aider la Tunisie à traverser cette période difficile, ainsi que sur les questions régionales et internationales pour lesquelles les deux pays partagent un intérêt commun.



Cette visite intervient à un moment où la Tunisie connaît un état d’urgence, des développements politiques majeurs et des protestations généralisées dans tout le pays. Dimanche dernier, le président tunisien a relevé le Premier ministre Hichem El Mechichi de ses fonctions et a suspendu les activités du Parlement pour une période de 30 jours, tout en retirant aux députés leur immunité. Ainsi, jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement, le président conserve tous les pouvoirs exécutifs. Saied a souligné que «nous avons pris ces décisions… jusqu’à ce que la paix sociale revienne en Tunisie et jusqu’à ce que nous sauvions l’État», expliquant que ces mesures auraient dû être prises depuis des mois. Pour dissuader les dissidents à entrer de force au Parlement, il a déployé des troupes militaires autour du bâtiment et a mis en place un couvre-feu national de 19h à 6h du matin.




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Réaction des États-Unis



De son côté, le département d’État américain a publié un bref communiqué de presse détaillant l’échange qui a eu lieu entre Kais Saied et le secrétaire d’État américain Anthony Blinken. La même source indique que Blinken a exhorté le président tunisien à «adhérer aux principes de la démocratie», alors que la Tunisie fait face à certaines de ses manifestations les plus massives depuis le Printemps arabe, il y a dix ans. Le responsable américain a informé Saied que les États-Unis «continuent de surveiller la situation» et l’a encouragé à «maintenir un dialogue ouvert avec tous les acteurs politiques et le peuple tunisien».



Bien qu’une grande partie de la population affirme soutenir les mesures de Saied, certains Tunisiens, notamment le parti islamiste Ennahda et ses partisans, ont protesté contre ses dernières décisions l’accusant d’avoir organisé un coup d’État. Pour éviter d’exacerber une situation déjà alarmante, Rached Ghannouchi, leader du parti Ennahda et président du Parlement, a appelé le président à reconsidérer sa position et à convoquer de nouvelles élections législatives et présidentielles.




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Crise Covid-19



Outre ses problèmes politiques, la Tunisie est actuellement confrontée à une hausse vertigineuse des taux de mortalité liés à la Covid-19 ainsi qu’à une grave récession économique. D’ailleurs, l’indignation de la population tunisienne est avant tout une réponse à la «mauvaise gestion» de la crise sanitaire par le gouvernement, ainsi qu’à la détérioration de la situation économique.



La Tunisie est le pays d’Afrique du Nord le plus sévèrement touché par la troisième vague du virus. Le nombre de cas quotidiens dans le pays n’a cessé d’augmenter ces dernières semaines, tandis que le nombre total des décès frôle les 19.000 dans une population de 12 millions d’habitants.



C’est pour soutenir ce pays que le roi Mohammed VI a ordonné la mobilisation de trois avions militaires pour que chacun livre 13,5 tonnes d’aide médicale, dont deux unités de réanimation complètes et autonomes, chacune pouvant accueillir 100 patients. De plus, le Royaume a offert à la Tunisie 100 respirateurs et deux générateurs d’oxygène d’une capacité de 33m3 par heure chacun. D’autres pays ont également tendu leur main au pays nord-africain pour l’aider à survivre à la Covid-19, notamment la France, la Chine et les Émirats arabes unis, entre autres. Ces derniers ont ainsi envoyé des équipements médicaux, des citernes d’oxygène et des doses vaccinales afin de renforcer la réponse du système de santé tunisien face au nouveau coronavirus.




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L’avenir incertain de la Tunisie



L’instabilité politique de la Tunisie est en réalité à l’origine de tous les problèmes du pays. Les mandats des différents Premiers ministres qui ont suivi le soulèvement du Printemps arabe ont duré environ un an en moyenne. Une telle volatilité politique a de graves conséquences sur les affaires de n’importe quel État. Amnesty International rapporte que l’impasse actuelle entre le Premier ministre et le président a joué un rôle dans le retard de la pré-commande de vaccins contre la Covid-19 et a entravé la réponse à la pandémie en raison du blocage des nominations ministérielles.



En outre, le pays est confronté à un taux de chômage des jeunes de plus de 35%, et le revenu disponible n’a cessé de baisser depuis le renversement en 2011 de Zine El Abidine Ben Ali. Ces indicateurs négatifs contribuent à expliquer pourquoi les Tunisiens sont descendus dans la rue ces derniers mois. Cela explique également la transformation du pays en l’un des principaux bassins d’attraction des groupes islamistes radicaux. Cette situation intérieure problématique menace désormais la démocratie tunisienne.



Par ailleurs, d’après Youssef Cherif, un analyste politique tunisien, le rôle récemment élargi de l’armée dans la réponse à la pandémie, tel qu’ordonné par le président, peut créer un dangereux précédent pour son rôle dans l’avenir de la Tunisie. L’expert prévient aussi que l’instabilité politique et économique du pays risque de permettre une montée des forces populistes, dont certains candidats expriment une nostalgie du régime de Ben Ali. Il semble que la démocratie tunisienne, présentée comme un exemple de réussite des révolutions du Printemps arabe, risque de devenir de plus en plus fragile dans les mois à venir.


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